Macky ou le péril du 3e mandat Par Chérif Ben Amar Ndiaye

Macky ou le péril du 3e mandat Par Chérif Ben Amar Ndiaye
Macky ou le péril du 3e mandat Par Chérif Ben Amar Ndiaye

Le débat du 3e mandat de Macky est lancé à dessein, comme un ballon de sonde mais aussi comme une alerte, pour explorer les opinions ou plus sournoisement pour préparer les esprits.

Les textes de la Constitution étant sacrés, rappelons ce qu’ils disent sur le mandat présidentiel et ce qui y est écrit noir sur blanc : Article 27 : « La durée du mandat du Président de la République est de 5 ans. Nul ne peut exercer plus de 2 mandats consécutifs».

Première remarque fondamentale : Quand on parle de mandat, on parle de durée. La constitution sur ce point est précise : La durée du mandat… est de 5 ans.

Deuxième remarque : Nulle part dans la constitution, il n’est fait mention d’un mandat d’une durée de 7 ans. Dans le 2e paragraphe « nul ne peut exercer plus de 2 mandats consécutifs ». Il n’est pas précisé « plus de 2 mandats de 5 ans consécutifs ».

Donc le mandat mentionné dans ce 2e paragraphe reste muet sur la durée et donne ainsi deux lectures possibles. Soit le terme mandat est entendu comme simple période d’exercice du pouvoir. Ainsi le premier mandat de 7 ans de Macky peut être comptabilisé comme étant le premier et celui qui vient de lui être attribué par le Conseil constitutionnel en est le deuxième et dernier mandat. Soit le terme mandat est entendu comme ayant une durée de 5 ans, tel qu’il est précisé dans le premier paragraphe. Alors il convient de considérer que Macky vient de boucler son premier mandat de 5 ans et qu’il entame bien son deuxième mandat de 5ans.

En l’absence de disposition transitoire comme cela fut mentionné lors de la révision constitutionnelle (2001) de Wade : Article 104 : « Le président de la République en fonction poursuit son mandat jusqu’à son terme. Toutes les autres dispositions de la présente Constitution lui sont applicables » ; absence sciemment voulue et même préméditée par ses tailleurs constitutionnels, le juge constitutionnel n’aura que l’agréable loisir d’avaliser le mandat de 5 ans comme premier mandat au regard de l’intitulé du texte constitutionnel. En outre il se fera un savant plaisir de rappeler et de confirmer sa jurisprudence arguant du principe selon lequel la loi ne vaut que pour l’avenir, elle ne peut rétroagir. On comprend dès lors aisément la coupe et le tracé du patron du chef couturier constitutionnel de Macky qui déclare : « En principe… c’est le deuxième et dernier mandat…Il appartient au Président d’apprécier ». Il ouvre ainsi les fenêtres en attendant que son mentor ouvre la porte du Conseil constitutionnel pour une « décision avisée » qui tranchera la question en sa faveur. Comme pour sa duperie sur la réduction de son premier mandat, le tour sera joué.

La tentation possible du 3é mandat pourrait motivée par des conditions politiques objectives découlant de la décrépitude de ses pouvoirs politiques inhérente au syndrome du dernier mandat. Si Macky entérine le principe que son nouveau quinquennat est le dernier, il rentre de facto dans le long tunnel de fin de règne. Il sera un chef d’Etat qui va organiser des élections sans y être candidat, ne sera plus le maître du jeu politique et la réalité du pouvoir politique serait entre les mains de son potentiel poulain successeur. Il lui faudra ainsi organiser sa succession dans une tourmente de conflits d’ambitions et de positionnements. Par une sorte de jeu de massacre, le camp Benno Bok Yakaar risque très probablement d’exploser et la désalliance de l’APR y perdra beaucoup de plumes. L’opposition se verra ouvrir un boulevard par la guerre de succession dans les rangs du pouvoir finissant. Si elle réussit l’union sacrée dans l’adversité qui l’aura enfin soudée, elle réduira la majorité présidentielle de circonstance et désincarnée à sa « plus simple expression ». Pire, si revancharde, pour lui rendre la monnaie de sa pièce, elle va préparer une CREI nouvelle forme pour toute cette horde de loups emplie dans ce régime prédateur. Mitterrand, Chirac, Sarko et Hollande ont tous connu, après leur fin de règne annoncée et attendue, le désert du déclin politique. Macky connaitra l’abandon des alliés transhumants, des obligés zélés et même des adversaires qui le conjugueront au passé. Alors comme pour Compraoré, Ouattarra, Condé… Macky pourrait être tenté par le 3e mandat périlleux par le forcing et la tyrannie qu’il a toujours réussis. Mais la jurisprudence Wade reste vivace dans les mémoires des sénégalais et Macky le sait bien. Voilà pourquoi s’il ne tente pas le 3e mandat fatal, il mijote déjà sa sortie indemne du pouvoir. Cela passe par un successeur qui pourrait lui assurer l’impunité. Est-ce l’objet du probable deal avec les wade ? Le temps-juge est devant nous.

La morale à tirer de cette paradoxale situation où Macky réélu, aborde le crépuscule de sa vie politique, est que voler peut s’avérer plus facile que receler. Vaincre sans gloire, sans fête et sans issue, est pire que la défaite honorable

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