QUI A GAGNÉ LA PRÉSIDENTIELLE DE FÉVRIER 2019 ?Par Papa Ibrahima Dia

QUI A GAGNÉ LA PRÉSIDENTIELLE DE FÉVRIER 2019 ?Par Papa Ibrahima Dia
QUI A GAGNÉ LA PRÉSIDENTIELLE DE FÉVRIER 2019 ?Par Papa Ibrahima Dia

Le candidat Macky Sall, Président sortant, avec un scénario pensé et écrit magistralement, mis en scène avec une froide maestria, a réussi son défi de passer dès le premier tour ; le fameux coup- ko africain. La réalisation du film a été  cahoteuse avec des procès rocambolesques, avec des suspicions sur le fichier des électeurs et des contestations véhémentes sur le mode de parrainage des candidats. Mais il a abouti au « happy end » avec  une confortable victoire à 58,26% modestement accueillie par les vainqueurs car bien loin des 65% de 2012, prouesse transparente, unanimement reconnue et fêtée dans l’allégresse par la majorité des sénégalais.

Les adversaires de Macky Sall, avec des moyens sans commune mesure avec ceux du Président sortant- ce qui pose avec acuité le problème du financement des partis et des campagnes- ont fait une campagne électorale honorable avec des fortunes diverses et se sont illustré par leur solidarité à récuser unanimement les résultats livrés par la Commission nationale de recensement des votes, confirmés, sans recours, par la Cour constitutionnelle. Ils ont subi leur défaite avec sérénité et se sont fait violence pour appeler au calme et à la réflexion pour des réformes de fond qui s’imposent.

Le véritable vainqueur de ces joutes électorales est sans contexte  le peuple sénégalais qui est sorti en masse et a voté avec calme et dignité. Il a déjoué bien des pronostics, ébranlé beaucoup de certitudes avant de s’en retourner gérer tranquillement son  quotidien souvent difficile pour la plupart d’entre eux. Son vote massif  pose  les bonnes questions à ceux qui sollicitaient leurs suffrages et il est impérieux  que les bonnes réponses lui soient données. Surtout ne pas s’attarder en stériles débats sur les votes alimentaires,  affectifs, émotionnels, ethniques, claniques, régionaux ou de confessions religieuses.

Le Président Sall, durant son mandat de sept ans, a fait des réalisations matérielles à nul autre, Président du Sénégal, pareil. Avec un volontarisme louable il s’est attaqué aux problèmes d’énergie, de mobilité, d’urbanisation, d’éducation, de santé, de précarité et autres sollicitations nationales. Il a réussi à achever les chantiers de son prédécesseur et à planter ses projets propres dont la nouvelle ville  de Diamniadio, l’autoroute de Touba,  le train express régional (TER) et le pont sur la fleuve Gambie, en collaboration avec son collègue, le Président Baro.

Les pièces maitresses  de  l’offre politique du Président sortant  ne semblent cependant pas avoir convaincu l’électorat ; hormis,  peut être, dans le département de Rufisque et dans les régions du Fleuve et du Centre. Le département de Mbacké (malgré l’autoroute Ila Touba) et la région de Ziguinchor (malgré le pont sur le fleuve Gambie) ont sévèrement sanctionné le candidat Macky Sall.

Il semble que la moitié du pays a constaté que les infrastructures, réalisées par des sociétés étrangères à l’Afrique, sont dispendieuses et leur usage  est payé cher, à des privés non nationaux, pour de très longues années. Les infrastructures d’Etat relèvent du fait de prestige plus que d’une nécessaire priorité. La croissance, à 7% et plus,  profite surtout aux multinationales, notamment d’obédience française.

Plus déterminant dans l’appréciation des électeurs est le non respect des engagements du candidat Macky Sall en 2012. Quid de la gestion sobre, vertueuse, et transparente ? Qu’est il advenu d’une taille de gouvernement restreinte, de la diminution drastique de la pléthore des agences publiques ? Quelle issue à la réforme foncière, à la territorialisation, aux zones économiques ? La Patrie avant le Parti s’est concrétisé  par la politisation de la fonction publique. Des directeurs nationaux  jusqu’aux chefs d’établissements universitaires, hospitaliers et éducationnels sont  jugés sur leurs performances politiques et leurs appuis financiers et matériels à la majorité présidentielle plus que sur les résultats techniques de leurs institutions.

Si l’on y ajoute le  traitement des dossiers de la CREI, de l’OFNAC de  l’IGE et de la Cour des comptes on est bien éloigné des exigences de justice, d’équité et d’éthique.

Cependant il ya des raisons de croire que le prochain quinquennat du Président Sall sera plus efficace. Parce qu’il aura réussi à mettre sous l’éteignoir les partis membres de Benno Book Yakaar, parce que ses alliés de la dernière heure chercheront à blanchir leurs dossiers compromettants et/ou à se positionner pour remplacer leur mentor en 2024, si celui-ci ne se laisse pas tenter par le syndrome du troisième mandat. Parce qu’il est fort probable que bon nombre de ses adversaires du 24 février 2019 trouveront des accommodements avec lui, à la faveur de l’appel au dialogue. Parce qu’enfin il voudra, légitimement, entrer dans l’Histoire et pourquoi pas revenir, en 2029, s’il en a envie et s’il est convaincu que la majorité des sénégalais le souhaite.

Point n’est besoin de convoquer de couteuses grand-messes, pour dialoguer, alors que l’essentiel des réformes à conduire a été formulé lors des Assises nationales. De prime abord il serait  judicieux de dissoudre l’Assemblée nationale, de faire que la liste majoritaire départementale s’exécute en deux tours et que le pourcentage de la liste proportionnelle soit significativement augmenté. Cela permettrait, si le scrutin est transparent- c’est là où le bât fait très mal- d’installer un Parlement diversifié, lieu d’un dialogue véritablement participatif et inclusif. Les mêmes  réformes pourraient s’appliquer au niveau communal où  l’on peut, à cette échelle, élargir l’inclusion en donnant un statut électif aux membres des Conseils de quartiers ou de villages. Cela élargirait suffisamment la base des élus, permettant d’établir un fichier, fiable et contrôlable, pour des parrainages moins folkloriques.

L’organisation  des élections législatives et locales au cours de cette année 2019 mettrait tout le monde au travail dès 2020 pour au moins quatre ans avant la fièvre de prochaines campagnes toujours trop longues.

Après toutes les péripéties traversées, avant, pendant et après ces élections, le Sénégal a très peu vacillé, s’est rapidement ressaisi pour encore étonner le monde. L’attitude de la moitié de l’électorat peut être interprétée comme la posture  d’un personnage qui, contre mauvaise fortune, est contraint de faire bon cœur. Mais c’est un cœur quelque peu amer qui ne peut se contenter de réformettes de divertissement. La citoyenneté sénégalaise  a fait un bond qualitatif considérable et les politiques ont intérêt à en saisir toute la portée dans les actes qu’ils vont poser.

Bon vent Président Macky notre devenir vous est confié pour cinq ans ; puissiez-vous nous maintenir, toutes générations confondues, à travers les turbulences d’un monde incertain, dans notre Sénégal de paix et, nous l’attendons, de prospérité équitablement partagée.

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