COMPTE D’EXPLOITATION  D’AIR SENEGAL SA : Une perte d’environ 25 milliards pour l’exercice 2017-2018

COMPTE D’EXPLOITATION  D’AIR SENEGAL SA : Une perte d’environ 25 milliards pour l’exercice 2017-2018
COMPTE D’EXPLOITATION  D’AIR SENEGAL SA : Une perte d’environ 25 milliards pour l’exercice 2017-2018

DakarTimes-Le projet de lancement de la compagnie nationale Air Sénégal est un échec, pour la simple raison que le manager général, Philip Bohn, est incompétent. Pire encore, il n’a pas voulu s’appuyer sur l’expertise locale pour réussir sa mission. Aujourd’hui, il peine à faire le bilan de sa gestion et les prévisions annoncent près de 25 milliards de FCFA de perte. Le Président Macky Sall doit tout simplement le limoger pour sauver ce qui peut encore l’être. Retour sur l’amateurisme du Français, homme d’influence…

EQUATIONS AUTOUR DE LA CERTIFICATION PEA DE AIR SENEGAL SA

Selon des spécialistes de l’aviation, Air Sénégal Sa (ASSA) avait besoin d’un permis d’Exploitant aérien ou un Certificat de Transporteur aérien (PEA ou CTA). Alors, à propos du processus de certification PEA, entamé exactement en juin 2017 par les experts sénégalais, qui avaient initialement en charge la mise en œuvre de la compagnie nationale, il a été stoppé puis annulé par Philippe Bohn dès son arrivée, en septembre 2017. Sa décision fut incompréhensible. Sur les cinq étapes de la procédure, les quatre avaient été entièrement bouclées et validées par l’Anacim.

Au vu de l’avancée des travaux menés à l’époque par des experts sénégalais, l’Anacim avait retenu le mois de novembre 2017 pour la fin de la certification. Avec ses deux avions de type ATR 72, livrés le 17 ovembre 2017, Air Sénégal SA était en mesure de démarrer ses activités à la date initialement programmée du 7 décembre 2017, au moment de l’ouverture officielle de l’AIBD, conformément à la volonté du chef de l’Etat, Macky Sall.

Incapable de mener à bien sa mission, Philip Bohn fait porter le chapeau à l’Anacim, pour justifier la reprise du processus de certification. Mais, par la suite, il sera formellement démenti par le Directeur général de l’Agence par lettre n°00120, en date du 02 novembre 2017, adressée à Madame le ministre des Transports aériens, Maïmouna Ndoye Seck. Ce que Philip Bohn cache aux Sénégalais et aux Autorités, pour repousser la reprise des travaux de certification pour l’obtention du PEA, c’est uniquement l’incapacité de son équipe à porter avec diligence le processus, suite au licenciement massif et injustifié des experts sénégalais qui ont toujours fait le travail.

Pire encore, le Français a un agenda différent de celui de l’Etat du Sénégal. Dans ses œuvres, on constate facilement que la mission cachée de Philippe Bohn, c’est d’empêcher, par tous les moyens possibles, l’émergence d’une compagnie aérienne nationale sénégalaise, afin de laisser l’exclusivité de l’exploitation du ciel africain aux compagnies aériennes occidentales. Et il est en train de le réussir. Pour en finir avec le PEA, rappelons qu’en mai 2018, ASSA finit par avoir un PEA provisoire, limité aux vols du réseau domestique. Après trois rejets de son dossier par l’Anacim, M. Bohn, la mort dans l’âme, décida de mettre de côté les dossiers élaborés par son équipe, pour présenter ceux initialement élaborés par les experts sénégalais. Il venait de comprendre qu’en matière de transport aérien, le Sénégal n’était pas à ses débuts.

Et en août 2018, ASSA obtient, par dérogation, un PEA sans restriction géographique, mais avec une vingtaine de «non conformités», à corriger dans les meilleurs délais.

CERTIFICATION IOSA ET CTO D’AIR SENEGAL SA

Pour pouvoir opérer des vols intercontinentaux vers l’Europe, Air Sénégal SA doit obligatoirement être certifiée IOSA (IATA Operational Safety Audit) et TCO (Easa Third Country Operator). Il s’est trouvé que Philippe Bohn et son équipe n’ont même pas encore entamé ces deux processus de certification pour le compte d’Air Sénégal SA. Alors, la supercherie trouvée par M. Bohn, pour contourner cet obstacle, est de confier l’exploitation opérationnelle des deux A330 néo à une compagnie aérienne européenne tierce, avec immatriculation des avions sur le registre d’un quelconque Etat européen. Pour des raisons qui restent à clarifier, c’est la compagnie aérienne portugaise Hi Fly, spécialiste des affrètements d’avions à queue blanche, qui a été choisie. Jusqu’à ce jour, nul ne sait avec quel type de contrat (ACMI, lease opérationnel, lease back) cela a été fait.

QUEL TYPE DE CONTRAT LIE AIR SENEGAL A HI FLY ?

Il est important de noter et d’insister que Hi Fly ne dispose pas d’avion de type A330 néo et, selon le très sérieux et réputé site économique américain « forbes.com« , dans sa publication du 8 février 2019 et sous la signature de Martin Rivers, les deux avions A330 néo, prévus pour l’exploitation des dessertes intercontinentales d’Air Sénégal SA, sont la propriété exclusive de la compagnie aérienne portugaise. Cette solution optée par le Français comporte plusieurs dangers majeurs pour la défense des intérêts de l’Etat du Sénégal. Le premier danger, c’est que le Sénégal va investir près de 200 milliards de FCFA sur des avions, sans disposer d’aucun titre de propriété et sans possibilité de l’inscrire dans ses actifs financiers.

Dans ces conditions, en cas d’un quelconque défaut de paiement, les avions seront saisis sans recours possible ou avis de la partie sénégalaise, parce qu’immatriculés et inscrits sur un registre européen. Les avions n’auront de sénégalais que le logo et les couleurs matérialisés sur leur fuselage. A quelques exceptions près et laissées au bon vouloir des dirigeants de HI Fly, les équipages de conduite (Pilotes) seront à 100% constitués de navigants titulaires de licences européennes (du fait de l’Etat d’immatriculation).

Contrairement aux pilotes de la génération précédente, la plupart des pilotes sénégalais actuels disposent de licences de bases américaines Les formations gratuites pour l’obtention de différentes qualifications de type et liées à l’achat des A330 néo (Pilotes et mécaniciens sol) seront assurées au profit du personnel de Hi Fly. Les multiples logiciels, calculateurs et autres seront et resteront la propriété exclusive de Hi Fly. L’autorité de surveillance sénégalaise, Anacim, n’aura aucun droit de regard sur cet avion.

FLOTTE AVIONS D’AIR SENEGAL SA

La flotte avions d’Air Sénégal SA est actuellement composée de deux ATR 72-600 neufs et livrés depuis novembre 2017. Ils sont restés cloués au sol, de novembre 2017 à mai 2018, du fait d’absence de PEA. Alors, le 27 juin 2018, l’un des deux ATR 72-600 a subi des dégâts matériels importants, suite à des intempéries intervenues à l’Aéroport International Blaise Diagne de Diass. Les avions étaient mal arrimés et Air Sénégal SA ne disposait pas et ne dispose toujours pas de Hangar technique réglementaire. La remise en état technique de l’avion a nécessité une immobilisation de quatre mois. Le rapport d’inspection technique, suite aux intempéries, de même que les coûts occasionnés pour la remise en état technique de l’avion, n’ont pas été publiés.

Du fait du manque de pilotes disponibles sur le marché, les deux ATR ne volent que 3 heures par jour, pour les 16 heures de taux d’utilisation recommandées. Et pourtant, toutes les diligences techniques, juridiques et financières afférentes à l’acquisition des deux ATR 72-600 ont été menées par les experts sénégalais. L’équipe du Français a systématiquement créé un barrage artificiel, à l’encontre des pilotes sénégalais, en exigeant un prérequis de 500 heures de vol effectuées sur un avion de type ATR pour être titularisé sur ce type d’avion.

Il est important de signaler que les pilotes sénégalais disposent, dans leur grande majorité, d’une expérience de plusieurs milliers d’heures de vol sur des avions lourds et à la technologie plus complexe. La totalité des pilotes titularisés, actuellement sur les ATR à ASSA, sont de nationalité algérienne. Il y a aussi deux Airbus 319 âgés, successivement, de 12 ans et 15 ans. Ils sont utilisés sur les dessertes du réseau régional africain. De ce fait, ils sont hors périmètre Business plan Seabury (5 ans d’âge maximum préconisé). L’un a été sous-loué à Air Sénégal SA, avec des conditions d’exploitation et financières scandaleuses. Elles ne répondent à aucun critère en cours au sein de l’Industrie du Transport Aérien. L’avion a été loué à Air Côte d’Ivoire, par un loueur européen, avant d’être sous-loué à ASSA. L’immatriculation est ivoirienne, les équipages étaient jusqu’à une date récente sous contrat ivoirien, la commercialisation est effectuée à 80% par Air Côte d’Ivoire, les recettes Agences de Voyage sont versées à Air Côte d’Ivoire et l’avion effectue tantôt des vols ASSA, tantôt des vols Air Côte d’Ivoire. Les Ivoiriens, eux-mêmes, disent qu’il y a une affaire de gros sous dans cette opération. Cet avion a commencé à opérer sur la desserte Dakar/Abidjan, depuis le 5 octobre 2018, pour le compte d’Air Sénégal SA, et sur la desserte Abidjan/Cotonou pour le compte d’Air Côte d’Ivoire. Le deuxième A 319 a été loué et peint aux couleurs d’ASSA, depuis juin 2018.

LES INCONGRUTES DE L’EXPLOITATION DE LA DESSERTE DAKAR/PARIS

L’exploitation de la desserte Dakar/Paris sera caractérisée par un grand nombre d’intervenants, qui ont la particularité d’être tous des sous-traitants européens. A savoir : HI Fly, pour les Opérations vol, Air France, pour les Opérations sol (enregistrement, traitement des bagages, embarquement, salon business). La Représentation commerciale sera assurée par Air France, à travers ses bureaux dans les grandes villes et son réseau d’agences de voyages. L’Aérogare d’hébergement d’ASSA à Paris et Roissy-CDG, Terminal E. Seuls Air France, ses filiales et ses alliés, comme les compagnies de l’alliance Sky Team, ont accès à ses services. Les tarifs seront alignés sur ceux d’Air France.

Le programme horaire retenu des vols est inadéquat. Il est bâti au profit exclusif de son principal concurrent, à savoir Air France. Au départ de Dakar, les vols ASSA sont programmés pour un départ à 09h50 (heure locale) pour une arrivée à Roissy-CDG à 16h15 (heure locale). Selon ADP (Aéroports de Paris), 75% des vols internationaux, au départ des aéroports parisiens, partent entre 07h00 et 15h00 locales. Inutile de vous faire un grand dessin. Les passagers qui empruntent les vols ASSA ne pourront pas bénéficier des vols internationaux en continuation au départ de Roissy. ASSA ne pourra pas bénéficier des avantages du Hub de Roissy-CDG, au grand bonheur d’Air France. Au départ de Roissy, les vols ASSA sont programmés pour un départ à 18h45 (heure locale), pour une arrivée à Dakar à 23h30 (heure locale). Le temps de récupérer leurs bagages et d’emprunter l’autoroute à péage non éclairée, les passagers ne seront à domicile qu’entre 02h00 et 03h00 (heure locale). Très peu de passagers seront tentés par ce vol, qui est loin d’être sexy.

RESULTATS DU COMPTE D’EXPLOITATION 2017-2018

Philippe Bohn et son équipe n’ont encore rendu public aucun résultat d’un quelconque compte d’exploitation. Les projections les plus optimistes laissent entrevoir une perte d’exploitation d’environ 25 milliards pour l’exercice 2017-2018.Abdoulaye FALL

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