Sale temps dans ma Démocratie Par Moussa Bèye

Sale temps dans ma Démocratie Par Moussa Bèye
Sale temps dans ma Démocratie Par Moussa Bèye

D’abord et avant tout, convenons-nous que la sociologie politique du Sénégal a beaucoup évolué ; tout comme les enjeux. Il n’est donc  point besoin d’avoir des instituts de sondage ou de voyance pour comprendre qu’aucune coalition n’est légitime à vouloir forcer une élection à un tour.

Les  Institutions sont faites par les hommes et pour les hommes. Par conséquent, nous sommes les seuls à pouvoir les abroger quand elles ne sont plus conformes à nos besoins, ou ne répondent plus à nos aspirations.

C’est pourquoi, je pense plus que jamais, que la Démocratie est à ce jour le meilleur instrument qui offre les conditions idoines et opportunes pour y arriver. Entendons-nous bien, je parle de la démocratie dans son acception la plus noble, celle qui intègre et l’esprit et la lettre. Non un simulacre de démocratie ou une parodie de démocratie. Une assemblée nationale mal élue peut bien voter des lois, applicables à tous, mais elle ne sera pas pour autant légitime. Tout comme un président de la République qui a usé de subterfuges et stratagèmes pour gagner des élections. Il aura fort probablement la victoire au bout du compte et cela n’empêchera pas pour autant de l’appeler Monsieur le Président avec tous les attributs qui vont avec. Par contre, cela ne fera pas non plus de lui un président légitime. La manière est décisive, déterminante, hautement recommandée pour mériter la légitimité… et notre respect qui lui, ne s’achète ni ne peut se vendre. 

La démocratie sous nos tropiques, faut-il avoir l’audace de l’avouer, est tellement galvaudée qu’on la confond à « du lait sur lequel on a mis trop d’eau… ». En effet, son importation aussi bien que sa tropicalisation, ont connu de bien meilleurs jours au Sénégal. Avec toutes les attaques et autres assauts que les Institutions de la République ont subis, essentiellement venant du plus haut sommet de l’Etat. Quand je parle d’Institutions, j’inclus volontiers nos valeurs traditionnelles qui étaient sacralisées. Je pense au respect de la parole donnée, je pense à la suprématie de la collectivité sur l’individu, au respect du bien collectif, au respect dû aux aînés, au respect de la loi, surtout au respect de l’esprit des lois entres autres. Toutes choses qui ne sont pas inconciliables avec la démocratie, bien au contraire.

Il n’est pas exagéré de parler de régression démocratique….

Mêmes les monarchies constitutionnelles offrent ces garanties. Alors que nous sommes dans une République somme toute jeune au regard de l’histoire. Mais notre République a eu à connaitre tout de même des avancées significatives. Et ce n’est pas pour rien que le Sénégal était jusqu’à une période assez récente considéré comme une vitrine démocratique en Afrique. C’est un secret de polichinelle ! Cela s’est fait au prix de nombreux sacrifices et à travers des épisodes douloureux. Des luttes acharnées, des vies brisées, des carrières détruites, un nombre incalculable de morts se défilent encore dans notre mémoire collective…. Il y a également cette série ininterrompue de volonté, de consensus, de capacité à s’élever, à aller dans le sens de l’intérêt national…

On a ici l’essentiel de ce qui constitue le jalonnement des processus qui font partie intégrante de ce cocktail utile et incontournable vers l’évolution d’un peuple qui aspire à un mieux-être. 

Ainsi, malgré quelques soubresauts (dégâts collatéraux), notre pays semblait depuis fort longtemps avoir fait le choix d’une avancée positive et constructive de l’aventure collective. Et cela par des voies et moyens pacifiques et légaux … avec surtout un souci constant de parachever un État de droit qui a encore besoin par moment de doses de fortifiants. Dans cette perspective, des qualités de connaisseur de l’État, de serviteurs de la République, d’attachement à l’État de droit, d’être à son service, de patriotisme, d’humilité, avec le sens de s’inscrire dans l’histoire … la grandeur d’âme, sont autant d’atouts pour ses serviteurs. Autant de choses qui malheureusement font défaut. Nous avons réussi à ramener la gestion de l’État à de l’informel. Pas très étonnant, en choisissant des invétérés du secteur informel afin de gérer les destinées de tout un peuple. On ne peut leur reprocher de venir avec leur background, leurs expériences et leurs façons de faire. Il faut aussi que nous soyons tant soit peu cohérents avec nous-mêmes. 

Si nous en tant que citoyens, nos désirs et nos aspirations ne sont pas pris en compte, cela veut dire aussi que la permanence et le fonctionnement de nos institutions qui ont tant fait notre fierté et surtout le rayonnement de notre État national sur la scène internationale sont plus que menacés.

J’ai toujours entendu dire que « chaque peuple a les dirigeants qu’il mérite ». Si pour l’essentiel, cette assertion restait vraie, là nous devrions sérieusement nous interroger. 

Nous critiquons souvent le président de la République, est-ce parce que simplement il nous ressemble ? je n’ose pas y croire. Mais plus fondamentalement, il y a une tendance assez aiguisée d’ailleurs à l’insolence, à l’indiscipline, à l’amoralité… généralisée. Dans une société comme la nôtre, cela devient compliqué à gérer au quotidien.   

Quoiqu’il en soit, l’autocritique doit rester une constante. Nous devons avoir le courage de nous regarder devant le miroir de notre intime conscience, de faire face à nos tares pourtant si nombreuses.  Là-dessus, et au risque de sombrer, nous devons voir vrai, nous devons voir juste et nous devons voir clair !

Il est indispensable que les citoyens soient éduqués, instruits, cultivés et surtout responsabilisés. C’est extrêmement choquant de voir la banalisation avec laquelle on achète les consciences à coup de billets de banque. N’ont-ils pas entendu l’avertissement de Jean jacques Rousseau « On a de tout avec l’argent hormis des mœurs et des citoyens »

Nous connaissons assez-souvent des dérives qui sont surtout liées au fait que les citoyens sont pour une grande partie, ignorants de leurs droits les plus élémentaires. La prise de conscience doit se faire et de façon radicale. C’est aussi le lieu de rappeler le rôle central que doit jouer l’éducation dans tout projet de société. Il l’est autant pour les plus de 300 partis et formations politiques que compte notre Sénégal. L’urgence de réguler ces partis politique et de les rationnaliser n’ont jamais été aussi pressantes pour le devenir salutaire et viable de notre République.

Notons que parmi elles, rares sont les formations politiques qui participent à l’éducation des masses, bien au contraire. Et c’est d’une affligeance indicible. Nous sommes malheureusement dans des registres obscurs de clientélisme, de logique d’élection et de réélection, avec pour la plupart un objectif assumé de participer au festin de la République. Regrettons vivement d’affirmer que dans ce Sénégal où la démocratie est tant brimée, le parti politique est devenu de nos jours un outil de monnayage, de lobbying. Dire autrement, ce fameux paillasson sur lequel on s’essuie les pieds afin d’accéder à la salle des banquets ! Un vulgaire outil pour ne pas dire cet ascenseur qui permet une élévation rapide et sans effort à la richesse, à la notoriété et aux « honneurs ».

Enfin de compte et pour tout dire, la dénégation d’un accomplissement que la majorité de ce peuple a désiré avec respect, avec courage, avec le sens des responsabilités… surtout avec la conscience qu’une carte d’électeur peut faire changer les choses, vous place directement face à votre responsabilité !À bon entendeur, adieu va la démocratie sénégalaise !

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*