QUI DONC ARRÊTERA LA MACHINE RÉPRESSIVE DE CE POUVOIR? PAR CHRISTIAN SENE

QUI DONC ARRÊTERA LA MACHINE RÉPRESSIVE DE CE POUVOIR? PAR CHRISTIAN SENE
QUI DONC ARRÊTERA LA MACHINE RÉPRESSIVE DE CE POUVOIR? PAR CHRISTIAN SENE

 

Plutôt que de calmer le jeu au lendemain d’une élection présidentielle dont l’Opposition n’a même pas contesté les résultats, le pouvoir choisit de pousser les citoyens jusque dans leurs derniers retranchements en les traquant de façon arbitraire

Jours sombres pour le Sénégal. Ou, plutôt, pour l’Oppo- sition dont il convient de se demander si elle a encore droit de cité dans ce pays qui fut le phare de la démocratie sur le continent. Depuis plusieurs mois, et plus encore après la proclamation des résultats de la présidentielle du 24 fé- vrier, la traque contre les militants de l’opposition s’inten- sifie. Pour des gestes banals dans toute démocratie qui se respecte, des militants sont arrêtés, déférés au parquet et envoyés en prison. La Police et la Gendarmerie semblent devenues des instruments politiques de répression au ser- vice du pouvoir en place. Notre collaborateur Abdou Karim Guèye dit Karim Xrum Xaq, pour avoir posté une vidéo live sur Facebook en demandant de protester contre la « confiscation » des votes des citoyens — c’ était au len- demain de la sortie inopportune du Premier ministre — a été arrêté et jeté en prison. Le 27 février, trois jours après la présidentielle, des femmes et des jeunes de la coalition Idy2019, qui sortaient d’une réunion au siège de Bokk Guis-Guis, ont été arrêtés à la devanture même de ce siège avant d’être envoyés eux aussi en prison. Il s’agit de Ab- dourahmane Diallo, Amélie Ngom, Malamine Fall, Bigué Simone Sarr, Amath Thiaw, Marième Soumaré, Amadou Ba, Binta Mbaye et Amadou Bathily. Des militants qui n’ont fait qu’exercer un droit conféré par la Constitution, à savoir celui de manifester. Alors même qu’en Algérie, pays pour- tant dirigé par des généraux et où les manifestations sont interdites depuis belle lurette pour des raisons sécuritaires — les attentats terroristes de la décennie noire — des di- zaines de milliers de personnes manifestent librement ces jours-ci contre un cinquième mandat du président Bouteflika, ne parlons pas du Venezuela pourtant présenté comme une horrible dictature, au Sénégal, pays prétendu des droits de l’homme pourtant, taper sur des casseroles devant le siège d’un parti politique légalement constitué a valu à des mili- tants de l’opposition de se retrouver en prison.

Ce n’est pas tout puisque le 26 février, deux jeunes gens qui brûlaient des journaux devant les grilles de la RTS ont été eux aussi embarqués par les gendarmes avant d’être jetés en prison. Eh oui, mettre le feu à des journaux qu’on a achetés peut désormais valoir à des Sénégalais de se re- trouver en prison. A ce rythme, nos braves femmes qui al- lument leurs fourneaux avec des journaux vont toutes se retrouver à Rebeuss ! Quant à ceux parmi nous à qui il viendrait l’idée de se torcher le cul avec des journaux, on n’ose imaginer le sort que nos policiers et gendarmes, mais aussi nos féroces procureurs, vont leur réserver !

Dans le même temps, les divisions de cybercriminalité de la Police et de la Gendarmerie traquent sur les réseaux sociaux les auteurs de « posts » appelant à manifester — pacifiquement bien sûr — contre les résultats de l’élection du dimanche 24 février dernier. Comme si la liberté d’ex- pression et le droit à manifester n’étaient pas inscrits dans notre Charte fondamentale ! Y en a qui gagneraient à aller prendre des cours en France des gilets jaunes, assuré- ment… Fort heureusement, les organisations de défense des droits de l’homme se sont mobilisées pour tous ces in- nocents arrêtés arbitrairement. Selon la Rencontre afri- caine pour la défense des droits de l’homme (Raddho), la

Ligue sénégalaise des droits humains (Lsdh), Article 19 Sé- négal/Afrique de l’Ouest et Amnesty International Sénégal « toutes ces personnes ont été arrêtées alors qu’elles exer- çaient leur droit à la liberté d’expression et à la manifesta- tion, des droits garantis par la Constitution et les instruments régionaux et internationaux des droits hu- mains auxquels l’Etat du Sénégal est partie ». Pour termi- ner, ces organisations demandent la « libération immédiate et sans condition » des personnes interpellées. C’est bien le moins !

Plutôt que de calmer le jeu au lendemain d’une élection présidentielle dont l’Opposition n’a même pas contesté les résultats, le pouvoir choisit de pousser les citoyens jusque dans leurs derniers retranchements en les traquant de façon arbitraire. C’est dans cette dynamique de chasse aux sorcières que s’inscrit l’interpellation du colonel (Cr) Ab- dourahim Kébé, secrétaire national chargé de la Défense de Rewmi, ancien Directeur de l’Information et des Rela- tions publiques des Armées (DIRPA) et ex-attaché militaire du Sénégal à Washington. Un ami du « Témoin » avec qui nous avons toujours entretenu de très bons rapports de- puis son passage à la DIRPA. Un homme aussi avec qui nous avons gardé le contact tout au long de son séjour sur les rives du Potomac. C’est dire que la folie répressive du pouvoir a touché non seulement un collaborateur du « Té- moin » — Karim Khroun Khaq — mais aussi un de ses grands amis en la personne du colonel Abdourahim Kébé à qui nous exprimons toute notre sympathie dans cette épreuve injuste qui lui est infligée.

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