Revue de presse du Vendredi 01 Mars 2019

Revue de presse du Vendredi 01 Mars 2019
Revue de presse du Vendredi 01 Mars 2019
Partagez ce contenu!

#SenCaféActu du 1er Mars 2019 Par Adama Sow

A la Une : Le coup K.O de Macky Sall, l’opposition rejette les résultats ; La société civile demande des reformes immédiates à Macky, le CNRA et la CENA visés ; Après Moussa Diop, Bougane dérape et demande la punition des départements qui ont voté pour Macky

1-Macky Sall passe au premier tour : La commission nationale de recensement des votes a annoncé les résultats provisoires de la présidentielle avec 58% pour  Macky Sall, 20% pour Idy,  15,67% pour Sonko, Madické récolte 1,48% et  Issa Sall  4,07%.

2-Les félicitations des chefs d’Etat de la Turquie, du Maroc, du Cap Vert et du Ghana : Macky Sall sitôt réélu commence à recevoir les félicitations de ses pairs comme  Erdogan de la Turquie,  le Roi Mohammed 6 du Maroc, Nana Akufo-Addo du Ghana  et José Mario Vaz de la Guinée Bissau

3-La société civile réclame à Macky des reformes immédiates et des actes forts : la réforme de la CENA et du CNRA, des mesures fortes pour les secteurs de l’éducation et la santé selon Valdiodio Ndiaye

4-Des manifestations sporadiques à l’UCAD, Thiès et Ziguinchor : Des jeunes ont manifesté hier après la proclamation des résultats de la présidentielle pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une forfaiture

5-Après Maitre Moussa Diop sur ila Touba, c’est Bougane Guèye qui dérape et demande la punition des populations qui ont voté pour Macky :   « si tous les départements avaient fait comme Mbacké, Thies et Ziguinchor, on ne serait pas dans cette situation aujourd’hui. Mais au lieu de ça, ils ont préféré 5 années supplémentaires de misère. Il faut donc les laisser point »

6-Les 4 candidats de l’opposition pointent des résultats commandités par Macky Sall : Idy, Sonko, Madické et Issa Sall ont signé une déclaration pour dire qu’ils n’acceptaient pas les résultats provisoires annoncés par la Commission nationale et rendent Macky responsable des conséquences de cette situation

7-Maitre Moussa Diop dénonce les faucons du régime qui ont véhiculé la fausse information de sa démission : Selon le DG de Dakar Dem Dikk qui avait fourché sur ila Touba, il s’est excusé et il a tourné la page. Il demande aident d’assainir son entourage et de se débarrasser  des faucons comme Moustapha Cissé Lo

8-Le stade Lat Dior de Thiès est aux normes des standards de la CAF et de la FIFA pour abriter les matches internationaux comme ceux des lions contre le Madagascar et le Mali

Hausse de 534 milliards f cfa des créances intérieures

APA-Dakar (Sénégal) Par Massamba Sall-L’encours des créances intérieures des institutions de dépôts du Sénégal a connu une hausse 534,20 milliards de FCFA (environ 908,140 millions de dollars) au terme du mois de novembre 2018 comparé à la même période de l’année 2017, a appris APA jeudi auprès de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO).

Cet encours est passé de 4042,80 milliards de FCFA en novembre 2017 à 4577 milliards de FCFA un an plus tard, soit une progression de 13,2% en valeur relative (1 FCFA équivaut à 0,0017 dollar).

Cette embellie est essentiellement imputable aux créances sur les autres secteurs de l’économie qui sont passées de 3699,80 milliards de FCFA en novembre 2017 à 4208,80 milliards de FCFA un an plus tard (plus 13,8%).

Quant aux crédits détenus par les institutions de dépôts sur l’administration centrale, ils ont enregistré une progression de 7,3% à 368,20 milliards de FCFA contre 343,10 milliards FCFA en novembre 2017.MS/te/APA

Mauritanie-Sénégal : Kosmos va céder 10% de Grand Tortue

https://www.financialafrik.co La compagnie américaine Kosmos Energy  a l’intention de céder 10% de ses  parts  sur  le gisement gazier Grand Tortue/Ahmédine, situé à 125 kilomètres au largeIbrahima jr Dia

EIFFAGE ET SAIPEM CONSTRUIRONT LE TERMINAL GAZIER DE GRAND TORTUE

Jeune Afrique- https://www.seneplus.com– L’entreprise française Eiffage, associée à Saipem, filiale de l’italien Eni, a remporté un contrat à 350 millions d’euros pour la construction des infrastructures du terminal gazier offshore à la frontière mauritano-sénégalaise

British Petroleum (BP), qui pilote le gigantesque champ offshore de Grand Tortue-Ahmeyim (GTA) – dont les réserves gazières, découvertes par l’Américain Kosmos, sont estimées à 450 milliards de m3 – vient d’attribuer la construction des installations à un consortium mené par Eiffage, a révélé l’entreprise française dans un communiqué publié mercredi 27 février.

Eiffage, qui assure être majoritaire dans son partenariat avec Saipem (sans préciser les parts de chacune des deux entreprises), indique que sa part du contrat s’élève à 350 millions d’euros.

Les deux sociétés présentes depuis avril 2018

Depuis avril 2018, les deux sociétés sont déjà présentes aux côtés de BP dans ce projet offshore situé à la frontière sénégalo-mauritanienne. Elles ont notamment aidé la société britannique à optimiser la conception des infrastructures maritimes, à affiner le plan d’exécution et à préparer le lancement de la phase d’exécution (EPCI), signale le communiqué d’Eiffage.

Elles ont désormais pour mission de réaliser des installations d’accostage pour le complexe flottant, où sera réalisée la production de gaz naturel liquéfié, et pour un brise-lames constitué de 21 caissons en béton de 16 500 tonnes chacun, chargé de protéger les installations. Ces caissons seront construits par Eiffage à Dakar (Sénégal), tandis que les 2,5 millions de tonnes de matériaux de carrière nécessaires au terrassement sous-marin viendront de Mauritanie, signale la société.

Selon l’accord de coopération signé le 9 février 2018 à Nouakchottentre les présidents Mohamed Ould Abdelaziz et Macky Sall, les réserves de Grand Tortue-Ahmeyim devront alimenter le Sénégal et la Mauritanie en gaz dès 2021, selon un partage équitable entre les deux pays. Son exploitation pourrait durer trente-cinq ans. Nelly Fualdes

Baisse de 1500 milliard f cfa des exportations vers l’UEMOA

APA-Dakar (Sénégal) Par Massamba Sall-Les exportations du Sénégal vers les pays membres de la zone UEMOA (Union économique et monétaire ouest africaine) ont enregistré une baisse de 1,500 milliard de FCFA (environ 2,550 millions de dollars) au terme du mois de décembre 2018 comparé au mois précédent, selon les données de la Direction de la prévision et des études économiques (DPEE).

Ces exportations se sont établies à 29,30 milliards de FCFA contre 30,80 milliards de FCFA en novembre 2018, un repli de 5,0%(1 FCFA équivaut à 0,0017 dollar).

Selon la DPEE, la part de l’UEMOA dans les exportations totales du Sénégal s’est située à 16,3% durant la période sous revue contre 17,9% un mois auparavant.

Le poids des exportations du Sénégal vers le Mali dans les exportations totales vers les pays de l’UEMOA est, quant à lui, passé de 62,3% à 44,4% sur la période, soit un recul de 17,9 points de pourcentage. Le ciment reste le principal produit exporté vers ce pays partenaire avec une part de 39,4% contre 33,3% en novembre 2018.MS/te/APA

Repli des prix à la consommation au mois de janvier

https://www.lejecos.com/ L’Indice National des Prix à la Consommation du mois de janvier 2019 s’est replié de 1,2% comparé à celui du mois précédent indique l’Agence nationale de la statistique et de la démographie(Ansd).

Cette situation s’explique selon l’Ansd , sous l’effet essentiellement d’une baisse des prix des « produits alimentaires et boissons non alcoolisées » (-2,1%), des services de « communication » (-0,7%) et des biens et services de « santé » (-0,4%).
Par contre note l’Ansd, en variation annuelle, les prix à la consommation se sont accrus de 0,6%.
L’inflation sous jacente a augmenté de 0,1% en rythme mensuel et de 0,4% en variation annuelle. Les prix des produits locaux et importés ont diminué respectivement de 1,4% et 0,1% au mois de janvier 2019 comparativement au mois précédent.
En variation annuelle, les prix des produits locaux et importés ont progressé respectivement de 0,6% et 0,8%. Adou FAYE

 La BADEA signe deux accords de prêts avec la BRM

https://www.financialafrik.com La Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA) et la Banque régionale des marchés (BRM) du Sénégal ont signé mardi 26 février deux accords de prêt d’une valeur totale de 30 millions de dollars en faveur du deuxième nommé. Les deux accords ont été signés par le Directeur général de la BADEA, Sidi Ould Tah et le Directeur général de la BRM Sénégal, Alioun Kamara.

D’un montant de 10 millions de dollars, le premier prêt servira à financer des projets dans le secteur privé sénégalais et ceci dans le cadre du programme la BADEA pour financer son septième plan quinquennal (2015-2019).

Le deuxième prêt est une facilité de crédit de 20 millions de dollars destinée au financement de la ligne de commerce extérieur. Celui-ci entre dans le cadre du programme de la BADEA en faveur des pays africains visant à aider la banque emprunteuse à financer l’importation de biens et de produits arabes en prêtant à nouveau des ressources à ses clients.

Aussi, la ligne de crédit permettra de renforcer les échanges commerciaux entre les pays arabes et africains. Amadjiguéne Ndoye

Politiques macroéconomiques et recherche économique: la CEDEAO établit sa nouvelle stratégie de développement pour le Sahel

http://www.lactuacho.com Un comité composé de plusieurs directions de la Commission de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) réuni le 26 février 2019 à Abuja, au Nigéria, a rédigé le mandat qui serait utilisé par un consultant pour élaborer une nouvelle stratégie pour la CEDEAO dans le Sahel (2020-2025).

Un communiqué de la CEDEAO nous dit que M. Kofi Konadu Apraku, membre de la Commission chargé des politiques macroéconomiques et de la recherche économique, a déclaré que le mandat permettrait au consultant d’élaborer une stratégie qui définirait des objectifs clairs et tracerait la voie à suivre pour un ensemble complet de programmes garantissant le développement de la CEDEAO grâce à la fourniture de l’amélioration de la sécurité et de la stabilité ainsi que l’amélioration du niveau de vie de la population de la région du Sahel.

Le Commissaire a informé les participants que cela était devenu nécessaire car la région du Sahel était confrontée à des problèmes de développement, notamment une infrastructure insuffisante et le changement climatique, provoquant des précipitations irrégulières, une sécheresse persistante et une crise alimentaire récurrente.

En outre, il a déclaré que «les troubles politiques en Libye et au Mali ont également aggravé l’instabilité de la région, entraînant de graves menaces pour la sécurité, le trafic illicite, le blanchiment d’argent, la migration irrégulière et le déplacement de personnes, ainsi que la propagation de l’extrémisme violent impliquant des mouvements radicaux. groupes armés. La sécurité et les problèmes économiques dans la région du Sahel ont donc sapé le développement socio-économique des États membres de la CEDEAO ».

Il a noté que la mise en œuvre de la stratégie de la CEDEAO pour le Sahel a été entravée par le dédoublement des activités en raison de la multiplicité des initiatives de la stratégie pour le Sahel. Par conséquent, il a souligné la nécessité d’une stratégie globale qui améliorera la synergie et la coordination entre toutes les parties prenantes et tous les groupes d’intérêts tels que l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), le Comité permanent inter-États pour le contrôle de la sécheresse dans le Sahel (CILSS). , l’Autorité du Liptako Gourma (ALG) et l’Autorité du Bassin du Niger (ABN).

La stratégie définira un cadre stratégique, élaborera un plan d’action comprenant des programmes communs avec d’autres organisations régionales et internationales et comprendra un cadre de suivi et d’évaluation.

SAHEL : VALIDATION D’UN PLAN D’INVESTISSEMENT EN FAVEUR DU CLIMAT (MÉDIAS)

Dakar, 28 fév (APS) – Un plan d’investissement climatique d’un financement de 400 milliards de dollars a été validé récemment à Niamey au Niger en faveur des Etats de la bande sahélienne, a appris l’APS de source médiatique.
L’initiative dont la mise en œuvre va couvrir la période allant jusqu’en 2030 est combinée à la décision des Etats membres de mettre en place un programme prioritaire de cinq ans (2020-2025) afin de recueillir davantage de financements en faveur du climat.
Il a été également décidé en marge de la réunion de validation de créer un secrétariat permanent dont le rôle consiste à coordonner les projets retenus dans le cadre de l’atténuation des effets du réchauffement climatique dans la région du Sahel.
« Nous continuons à payer les conséquences d’une situation dont nous sommes loin d’être responsables », a ainsi regretté, Mahamadou Issoufou, président du Niger dans des propos rapportés, jeudi, par le Journal d’Abidjan.SBS/AKS/ASB

TROIS ACTEURS SÉNÉGALAIS HONORÉS AU FESPACO

Ouagadougou (Burkina Faso), 27 fév (APS) – Trois acteurs sénégalais, Lamine Ndiaye, Ibrahima Mbaye « Thié » et Rokhaya Niang ont été honorés à Ouagadougou lors d’une soirée « des célébrités’’ organisée par les acteurs et comédiens burkinabè à l’occasion de la 26ème édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO).

Le comédien Lamine Ndiaye se dit « très honoré » de recevoir cette distinction, même s’il regrette de l’avoir obtenue en dehors de son pays.

 « J’aurais bien voulu recevoir ce trophée au moins dans mon pays. Je ne pourrais terminer sans remercier le Burkina Faso, car tous mes projets dans le monde sont partis de ce pays », a dit Lamine Ndiaye.

Se sentant « investi d’une mission », il veut à travers cette récompense « encourager les jeunes ». Lamine Ndiaye, considéré comme « un monument » dans le milieu du cinéma et du théâtre dit avoir a opté pour ce métier pour gagner sa vie.

Son collègue Ibrahima Mbaye « Thié » prend ce prix comme un « bon réconfort ».

 « Je le prends comme tel en pensant à transmettre et à essayer d’aller vers le plus haut possible, c’est un symbole et la preuve de quelque chose que l’on a bâti avec des gens, on va porter ce flambeau le plus longtemps possible », explique Ibrahima Mbaye, acteur principal du film « OrDur » de Momar Talla Kandj en compétition court métrage au FESPACO.

 Pour sa part, l’actrice Rokhaya Niang qui a commencé dans le cinéma en 1998 avec « Le prix du pardon » de Mansour Sora Wade demande aux comédiens et acteurs de croire en leur métier.

« Je ne pensais pas faire le tour de l’Afrique en tant qu’actrice, aujourd’hui j’ai joué dans beaucoup de films en Afrique et dans le reste du monde. Il faut y croire », dit-elle.

Rokhaya Niang est membre de l’organisation de cette soirée des « célébrités » du cinéma et de la télévision, la deuxième du genre organisée lors de la biennale du cinéma à Ouagadougou.FKS/OID/ASB

DES CHEFS D’ETAT FÉLICITENT MACKY SALL APRÉS SA RÉÉLECTION

Dakar, 28 fév (APS) – Des chefs d’Etat ont adressé leurs felicitations à Macky Sall aprés la proclamation de sa victoire au premier tour de l’élection présidentielle de dimanche, a appris l’APS.

Macky Sall a reçu des appels téléphoniques de félicitations du président turc, Recepp Tayyip Erdogan, de sa majesté le roi Mohamed VI du Maroc, du président ghanaén, Nana Akufo-Addo et du président de la République de Guinée Bissau, José Mario Vaz, indique la présidence sénégalaise dans un communiqué.

Macky Sall a remporté la présidentielle de dimanche dernier avec 58,27% des voix selon les résultats officiels provisoires publiés jeudi par la Commission nationale de recensement des votes.Les 4 candidats malheureux ont rejeté ces résultats et annoncé qu’ils ne feront aucun recours.MK/OID

Fin d’une promesse de second tour… Reportage Portfolio !!!

https://www.pressafrik.com/ Une petite centaine de militants se sont réunis ce jeudi 28 février 2019 devant la maison d’Idrissa Seck où les quatre candidats de l’opposition attendaient les résultats afin de faire leur déclaration.

C’est dans un climat quelque peu tendu que la Commission Nationale de Recensement des Votes devait annoncer les résultats provisoires officiels du premier tour de l’élection présidentielle du 24 février dernier au Palais de Justice de Dakar.

Devant la maison d’Idrissa Seck, les militants attendent les résultats, mais surtout la déclaration de leur candidat Idrissa Seck. « Nous ne voulons que connaître la vérité. Si Macky Sall doit gagner, nous l’accepterons mais nous avons besoin de l’entendre de l’opposition.»

Les heures passent, avant que le juge Demba Kandji n’annonce les résultats provisoires du premier tour. Un silence s’installe, laissant place à la voix grésillante retransmise en direct sur la radio des téléphones portables. Macky Sall est déclaré vainqueur avec 58;27%. «Cela ne se peut pas, quand on fait le calcul, on arrive à 100,62% » s’exclame un des militants. Selon les calculs d’un journaliste, on arrive à 99,99%, avec 20,50% pour Idrissa Seck, 15,67% pour Ousmane Sonko, 4,07 Issa Sall et 1,48% pour Madické Niang

Puis Barthélémy Dias sort de la maison d’Irdissa Seck pour déclarer : «Si le peuple sénégalais ne sort pas dans la rue, alors ce n’est plus la peine d’organiser des élections au Sénégal.» Plusieurs déclarations seront faites devant la porte d’entrée. Mais toujours pas de candidats. Un peu plus loin, une femme s’énerve « Ils font des conférences de presse, mais qu’ils sortent dans la rue avec nous.» De l’autre côté du mur, des membres de la coalition Idy2019 jettent des t-shirt et pancartes appelant au deuxième tour pour chauffer les militants. Ces derniers s’impatientent.

La presse quant à elle est enfin invitée à entrer. Idrissa Seck annoncera qu’ils ne feront pas de recours devant le conseil constitutionnel, avant de déclarer que Macky Sall devra assumer seul les conséquences face au peuple. Mais aucune déclaration à ses militants, devant qui, il ne se présentera pas. Laurence Grun (Texte) et Pierre Vanneste (Photos)

Ayant enregistré un score inférieur à 5%, Issa Sall et Madické Niang perdent 30 millions chacun

https://actusen.sn Les résultats  provisoires publiés par la Commission nationale de recensement des votes (Cnrv) donnent aux candidats Madické Niang et Issa Sall un score inférieur à 5% chacun. A  cet effet, il semble évident qu’ils n’auront pas la possibilité de récupérer les cautions qu’ils avaient déposées à la Caisse des dépôts et consignations (Cdc) et qui s’élève à 30 millions F Cfa par candidat. Désormais, cette somme (60 000 000 F Cfa) ira gonfler les comptes du Trésor public.Kiné Thiane

Cet homme mérite notre respect !

IGFM-Une étoile est née. Il se nomme Ousmane Sonko. Il est, sans conteste, la révélation de cette 11eprésidentielle de l’histoire du Sénégal. Qu’on l’aime où qu’on le déteste, il a réussi à acquérir ses galons. Il mérite tout le respect du peuple Sénégalais.

Il est incontestablement l’une des vedettes montantes du Landerneau politique Sénégalais. Il a osé. Il s’est battu. Et il a gagné. Il a certes perdu le combat de cette présidentielle, mais il a gagné le cœur de beaucoup de Sénégalais et peut bien espérer gagner la bataille un jour, en accédant au Palais de l’avenue Léopold Sédar Senghor.

Anonyme inspecteur des Impôts et Domaines, il y a peu de temps, il est subitement devenu l’empêcheur de tourner en rond du régime de Macky Sall, au point de faire sortir le chef de l’Etat de ses gonds. Une procédure expéditive enclenchée et le voilà radié de la fonction publique, malgré l’excellente défense assurée par Me Bamba Cissé.

Dépouillé de sa fonction et de son gagne-pain, Sonko n’en pleure pas pour autant. Il en rigole même. Armé de courage et d’abnégation, il croit en ses chances de pouvoir changer les choses. Il muscle son discours, commet des abus de langage par moments, indispose certains, mais embarque beaucoup de monde dans sa manière de faire et d’être. Son discours sort de l’ordinaire, ses méthodes sont révolutionnaires. Il est un homme de son monde et sait comment contourner les médias classiques. Rien de tels que les réseaux sociaux pour atteindre ses cibles. Il s’en donnera à cœur joie, au point d’être surnommé «le candidat des réseaux sociaux».

Sa traversée du désert ne durera que le temps d’une rose. Lors de sa première participation à une élection législative, il devient député.  Qu’importe que ce soit grâce au plus fort reste. Le gouvernement de Macky Sall lui a fait perdre une fonction. Les populations l’ont réhabilité.

A l’Assemblée nationale, il éclipse les «politiciens de métier». Il se montre digne de sa mission de représentant du peuple. Eloquent,  parfois excessif, parfois posé, il séduit et indispose à la fois par un discours jugé très populiste par ses détracteurs. Mais c’est sa méthode, sa manière de faire. Et il s’en tient à cela. Lorsqu’on l’accuse d’être un salafiste, il n’en a cure. Il a une claire conscience de ce qu’il veut et ne va pas s’en départir.

Son parti Pastef grossit de jour en jour. Ses militants augmentent. Ses sympathisants n’ont d’œil que pour lui. La Diaspora lui déroule le tapis rouge. De quoi le requinquer. De quoi lui donner des ailes. Conscient de son aura, il prône une nouvelle forme de gouvernance et voue les politiciens professionnels aux gémonies.

Lorsque le code électoral est révisé pour y intégrer le parrainage, Sonko ne se laisse pas démonter. Il franchit ce filtre avec brio, là où de «grands partis» sont recalés. Le voilà qui fait partie des 5 candidats dont la candidature à la Présidentielle de 2019 a été validée par le Conseil constitutionnel.

Après une campagne épuisante, parsemé d’embuches, il finit 3e derrière le président sortant, Macky Sall, et l’ancien Premier ministre, Idrissa Seck, tous les deux anciens membres du Parti démocratique Sénégalais, tous les deux ayant capitalisé des années et des années de militantisme. Ousmane Sonko réussit à engranger 687.065 voix soit 15,67% des suffrages valablement exprimés.   Pour un «novice» de la présidentielle (c’est son baptême du feu), son score est honorable. La satisfaction de Sonko doit être d’autant plus grande qu’à Ziguinchor il a surclassé des « mammouths » comme Abdoulaye Baldé, devenant ainsi le nouveau roi de la Casamance. Mais sa grande réussite est d’avoir redonné goût à la politique à des gens qui s’en étaient détournés.

Finira-t-il un jour au palais ? L’avenir nous le dira.

Pour l’heure, il jouit d’une popularité phénoménale et d’un préjugé favorable à travers le pays. Sonko compte et il faudra désormais compter avec lui.Daouda MINE

3e avec 687065 voix, Sonko poursuit sa marche vers le sommet

http://www.seneweb.com Au-delà des contestations qu’ils charrient, les résultats de la présidentielle du 24 février 2019 ont le mérite d’avoir dessiné les contours de la nouvelle configuration du landerneau politique sénégalais. Et le candidat Ousmane Sonko, classé troisième derrière les grands appareils politiques Benno Bokk Yaakar et Idy 2019, ne fait pas piètre figure.

Avec ses 687065 voix engrangées soit 15,67% des suffrages, le leader de Pastef force le respect et le journaliste Madiambal Diagne n’en dit pas moins. Malgré ses contradictions profondes avec l’ancien inspecteur des impôts et domaines au sujet des 94 milliards du TF 1451R, le Pdg du groupe Avenir Communication, analysant le scrutin et les grandes tendances, lui tire son chapeau.

« En terme de performance électorale, Ousmane Sonko a beaucoup de mérite. Il faut le respecter. Ousmane Sonko n’a été soutenu pratiquement par personne. Il a capitalisé sur son entregent et sur son discours. De mon point de vue il a semé une bonne graine, reste à l’entretenir pour en récolter les fruits », déclare Madiambal. Ainsi, le moins que l’on puisse dire est que celui qui a été considéré, jusqu’à un passé très récent, comme un candidat virtuel, s’est révélé être une virtuose, seulement 4 années après son entrée par effraction dans la scène politique.

Lésé lors de la course aux alliances, le candidat du Pastef qui n’aura enregistré que le soutien de Pierre Goudiaby Atepa et de Boubacar Camara, a joué la carte du discours de rupture. Une stratégie payante au vu des résultats qui font de lui le grand vainqueur du scrutin. De 37535 voix lors des élections législatives de 2017, Ousmane Sonko a multiplié ce score par 18 en moins de 2 ans. Un redoutable adversaire pour les prochaines joutes électorales.

Serigne Mbaye Thiam : Les résultats sont conformes aux Procès-verbaux des commissions départementales»

http://www.emedia.sn Serigne Mbaye Thiam, ministre de l’Education nationale, a été l’un des représentants de la Coalition Benno Bokk Yakkar aux travaux de la commission nationale de recensement des votes qui a divulgué les résultats provisoires de l’élection présidentielle du 24 février ce jeudi. Interrogé à la fin de la publication des résultats, il s’est réjoui du score qui, à son avis, traduit la confiance des sénégalais vis-à-vis du président Macky Sall et du travail qui a été fait. Mieux, il a fait observer qu’au deuxième tour de 2012, le président Macky Sall avait été élu avec 1 million 900 mille électeurs. « Aujourd’hui, il est élu par plus de 2 millions 500 mille sénégalais. Le taux d’augmentation du nombre d’électeurs su le président Macky Sall est bien supérieur au taux d’augmentation de la population du Sénégal dans cette période. Ce qui veut dire que c’est une confiance accrue des sénégalais vis-à-vis du président Macky Sall », a déclaré Serigne Mbaye Thiam. Cependant, il a rassuré que les travaux de la commission se sont déroulés dans une bonne ambiance de respect et de courtoisie. Ce, en présence des trois magistrats, de la Cena, des représentants de tous les candidats, des observateurs nationaux et internationaux. « Les Procès-verbaux ont été validés sans contestation. En aucun moment de nos travaux, les magistrats ont eu à se retirer pour délibérer. Tous les Procès-Verbaux ont été validés par consensus par toute la commission. Nos travaux se sont déroulés dans d’excellentes conditions et les résultats sont conformes aux Procès-verbaux des commissions départementales qui n’ont enregistré aussi aucune contestation de la part des représentants des candidats », rassure-t-il. Aliou DIOUF

ET DE DEUX POUR MACKY!Par

 MAMADOU NDIAYE

Fin du suspense et du doute. La proclamation jeudi des résultats provisoires fait de Macky Sall, le vainqueur de l ‘élection présidentielle du 24 février dernier. Le président sortant, candidat à sa propre succession, a obtenu 58, 27 % des suffrages exprimés selon le juge Demba Kandji, Président de la Commission de Recensement des votes.

Il devance son principal challenger, l’ancien Premier ministre Idrissa Seck, arrivé second avec 20,50 % du total du décompte des voix

L’issue du scrutin quoique émaillée d’incertitudes dues à une « petite guerre des chiffres » laissait deviner la suite avec la remontée des procès-verbaux provenant des différents départements du pays. Même si elle a mis du temps à se dessiner, la victoire de Macky Sall est plus que nette. Elle est même décisive.

Ainsi, elle lui ouvre un second mandat de cinq ans obtenu au prix d’un engagement pour un Sénégal en pleine transformation marquée par l’élaboration d’un Plan émergent (PSE) puissamment soutenu par des partenaires au développement avec une adhésion conséquente des forces vives du pays. Lequel évolue à vue d’œil. En témoignent, depuis sept ans, la réalisation de grands travaux, l’érection d’une ville nouvelle à Diamniadio dotée d’infrastructures de pointe et l’amélioration substantielle des transports par une fluidité de la circulation.

Le pays profond n’est pas en reste avec la construction de pistes, de routes et de ponts reliant les zones de production aux zones d’écoulement favorisant un accroissement de revenus et améliorant l’ordinaire si ce n’est le bien-être des populations sénégalaises. En outre, il a injecté de l’argent à travers des bourses de sécurité familiale qui ont soulagé bien des familles dans le dénuement mais aussi dans le besoin.

Par un subtil resserrement budgétaire, le régime de Macky Sall est parvenu à dégager des crédits affectés à des projets sociaux dans le but de réduire le spectre de pauvreté qui inflige des outrages aux plus démunis de nos compatriotes.

Combinant efficience et efficacité, le gouvernement, sous l’impulsion du Président Macky, a su insuffler une dose d’ingéniosité pour aérer les opportunités d’emplois en faveur des jeunes et les possibilités d’expansion des activités dédiées aux femmes, deux des franges les plus vulnérables de la société.

De nombreuses initiatives, mises à son actif au cours du précédent mandat, ont débouché sur une relance des efforts de développement : agriculture avec des équipements agricoles et des semences certifiées susceptibles de donner du secteur une nouvelle envergure avec la hausse de production des céréales spéculatives (riz et arachides, entre autres), industrie (transformation des matières premières et plus-value sociale avec un relèvement du niveau de compétitivité des entreprises pour faire face à la concurrence).

Il en résulte une distribution du pouvoir d’achat et un effet de désendettement de l’Etat qui se traduit par un doublement de la commande publique auprès des entreprises nationales.

Dopée par des investissements massifs, l’économie sénégalaise enregistre des performances appréciées par les partenaires techniques et financiers, à l’image de l’Union européenne et le Banque mondiale. Le camp présidentiel savoure le triomphe de son candidat réélu qui doit désormais s’attaquer aux urgences. La première de celles-ci tient à un rapide retour au calme et à l’équilibre.

La démocratie sénégalaise envers et contre les fake news

https://www.financialafrik.com Au delà de la réélection du président Macky Sall dés le 1er tour avec 58,27% des voix selon la proclamation provisoire faite le 28 février 2019, le scrutin présidentiel qui a eu lieu le 24 février dernier au Sénégal consacre la victoire de la démocratie contre les fake News. Comme l’a si bien dit Mamoudou Ibra Kane, directeur de I-Radio, le Sénègal est une démocratie sans démocrates. Le peuple a exercé son devoir citoyen dans un calme exemplaire et les élites politiques n’ont pas su souvent s’en montrer dignes.

Très vite accusée de partialité , la presse sénégalaise, régulatrice de l’espace public et des rapports contradictoires entre les acteurs politiques, s’est efforcée jusqu’au bout, à exercer son rôle de contre-pouvoir en relayant les chiffres et les tendances dés la fermeture des bureaux de vote.

Les menaces proférées vis-à-vis de cette presse sont certainement le fruit de fausses informations charriées depuis les réseaux sociaux et parfois par quelques journalistes aux couleurs politiques affichées . Au final, les faits, sacrés dans les rédactions mais aussi dans le déroulement de l’histoire, sont les seuls qui restent.

Si le verdict prononcé par le juge Demba Kanji à la salle 4 du tribunal de Dakar , après un interminable suspens, exprime la volonté populaire du pays réel , il convient de le dire, la bataille des réseaux sociaux, féroce et haineuse, a exprimé les fractures (parfois artificielles ) du pays virtuel.

Rien n’a été épargné en effet pour pousser les sénégalais à la révolte : images tronquées de supposés enfants votant dans les localités supposées acquises au pouvoir, manipulation de Wikipedia pour montrer qu’il y a eu gonflage du fichier électoral et piratage des comptes , le tout saupoudré de menaces à peine voilées de déstabilisation du pays en cas de résultat contraire aux attentes .

Mais au final, c’est bien la démocratie sénégalaise, construite le long des crises et des compromis, qui a eu le dernier mot. La compilation des votes a désigné un vainqueur dans une ambiance (on peut le regretter ) de suspicion et de frustration entretenue par les réseaux sociaux . A l’opposition d’exercer maintenant ses droits de recours et au conseil constitutionnel de confirmer ou d’infirmer ce qui, s’il venait à se confirmer, s’apparenterait à un ras de marée et, surtout, à l’ascension fulgurante d’un certain Ousmane Sonko (15% des votes) arrivé troisième tout juste derrière le dinosaure Idrissa Seck, leader du Rewmi (libéral), lequel, avec 20% , a réalisé son meilleur score en trois tentatives . https://www.financialafrik.com

CHRONIQUE-Triomphal et sans gloire : Sénégal, la fin d’une exception!

Une victoire est avant tout, belle. Elle se fête, elle se mérite mais elle ne se décrète pas. Et Macky Sall n’a ménagé aucun effort pour se faire déclarer réélu à l’issue de la présidentielle du 24 février dernier, l’élection la plus controversée de l’histoire du pays. Un scrutin dont les résultats ont leur place dans la corbeille de l’histoire politique du Sénégal.

En effet. Jusqu’ici perçu comme un modèle de démocratie et une référence en matière d’élections, le Sénégal vient de basculer dangereusement dans le lot des pays aux scrutins contestés, où le vote peut être détourné, avec toutes les conséquences politiques que cela pourrait engendrer. Mais ce détournement supposé des suffrages, des experts devront le prouver, étant donné la suspicion latente car même dans l’entourage des membres de la majorité présidentielle, la gêne se fait sentir à tous les niveaux. L’heure n’est pas aux réactions euphoriques dans les rues de Dakar comme en 2012.

Mais de quoi ont-ils honte ? D’avoir triomphé sans gloire ou d’avoir réussi à se positionner comme les auteurs de la fin d’une exception, de l’exception sénégalaise qui faisait tant notre fierté à tous ? Pourtant, obtenir un second mandat ne devrait pas être si compliqué pour un président de la république après une première élection à 65% des suffrages il y a seulement 7 ans. Avec les 58,27% dont le crédite la commission de recensement des votes, Macky Sall doit se regarder dans le miroir et dire aux Sénégalais, les yeux dans les yeux, que c’est eux qui l’ont réélu sous fond de contestation et de rejet massif. En 2019, il est le président de la république déclaré, légal, mais il a fini d’être le président légitime qu’il fut en 2012.

Si jusqu’ici chaque sénégalais pensait qu’avec une carte d’électeur il pouvait exercer sa souveraineté et choisir librement, et que son vote sera respecté, ces élections ont fini de convaincre que le suffrage, désormais, est passible d’être détourné. Que s’est-il passé depuis dimanche soir ? Pourquoi toute cette attente longue à déclarer une «victoire» au goût si insipide ? Ces résultats proclamés par le juge Demba Kanjdi sont loin de refléter le choix des Sénégalais à la lumière des tendances observées dimanche soir et qui habituellement, se confirment dans les heures qui suivent la fermeture des bureaux de vote, et non 96 heures après. Désormais, le citoyen sénégalais qui croyait à la puissance de sa carte d’électeur, peut la jeter à la poubelle, s’il n’est pas tenté de la brûler comme le recommande un ancien chef de l’Etat.

En 2000, Diouf avait félicité Wade. Et Wade en 2012 n’a pas hésité à en faire de même pour Macky. Mais en 2019, Macky devra se féliciter lui-même d’avoir réussi à se faire déclarer réélu à une majorité entachée de suspicion et de tricherie.

Le bras droit de Idrissa Séck en France arrêté par la police française

http://www.dakarmatin.com Khalifa Gassama, le Directeur du directoire de campagne parisien d’Idrissa Seck, candidat malheureux à la présidentielle de dimanche dernier a été arrêté par la Police française aux abords de la résidence de l’ambassadeur du Sénégal à Paris, selon nos sources.
Depuis quelques jours, l’opposition manifeste chaque après-midi aux alentours du Consulat Général du Sénégal à Paris pour réclamer la « vérité des urnes ». Et tout dernièrement, la Délégation Extérieure de la Commission Électorale Autonome (DÉCÉNA) de France s’est trompé dans son calcul en compilant les résultats.
Ce qui avait renforcé les soupçons de hold-up électoral brandit depuis la fin du scrutin par l’opposition. Des accusés battus en brèche par le pouvoir.
Ce que l’on peut dire, c’est que l’arrestation de Khalifa Gassama ne va arranger le climat déjà tendu à Paris. En effet, de tous les opposants, il est plus modéré. Inconnu du grand public, Khalifa Gassama, n’est pas de nature à se mettre devant.
D’où la surprise de cette arrestation pour les opposants à Macky Sall en France. En effet, ils s’attendaient à ce que le pouvoir s’attaque à tous les opposants, mais à M. Gassama, vu son tempérament et sa manière de faire de la politique.

Moussa Tine : «Je ne m’attendais à rien du juge Demba Kandji»

http://www.emedia.sn « Je ne m’attendais à rien de la part du juge Demba Kandji. On l’a déjà vu à l’oeuvre dans l’affaire Khalifa Sall », a déclaré Moussa Tine.

Il indique par ailleurs que « ces résultats commandités par le candidat sortant » sont le terme d’un processus commencé bien avant.

Moussa Tine appelle à la responsabilité citoyenne de tout un chacun et précisé qu’ils n’entendent pas faire recours auprès du Conseil constitutionnel dont « ils n’attendent rien. »IBRAHIMA NDIAYE

Des grenades lacrymogènes tirées sur des militants et sympathisants de la coalition « Idy 2019 » assis devant la permanence de Rewmi

https://www.dakaractu.com Le cybercampus du leader de la coalition  » Idy 2019″ a été le théâtre d’une scène inédite. Les forces de l’ordre ont dégagé à coup de grenades lacrymogènes les militants, vieux, femmes et jeunes qui se tenaient devant leur permanence. Ce fut le sauve-qui-peut des militants qui sont allés se réfugier à l’intérieur des locaux de leur siège. D’ailleurs, une jeune fille qui a piqué une crise d’asthme, sera évacuée à l’hôpital Amamdou Sakhir Ndiéguène…

Babacar Diop : «Les résultats proclamés par le juge Demba Kandji ne nous engagent pas…»

https://www.dakaractu.com Les résultats issus de la Commission nationale de recensement des votes n’engagent que le juge Demba Kandji, a affirmé Babacar Diop, allié et membre de la coalition Idy2019. Pour ce dernier, rien n’empêchera la confrontation sur le terrain. Il a appelé les sénégalais et sénégalaises à sortir pour dénoncer ce qu’il qualifie de forfaiture.

Après la proclamation des résultats : Les étudiants montent au créneau

https://www.dakaractu.com Après la proclamation des résultats provisoires du scrutin du 24 février 2019, les étudiants de l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) sont montés au créneau pour manifester leur colère. Contestant les résultats donnés par le juge Kandji, ils se sont opposés aux forces de l’ordre. Ces derniers ont riposté en leur jetant des grenades lacrymogènes. Et ce, pendant plus de deux heures…

Lettre à mes compatriotes:les manquements notés…et l’échec de certains ne doivent pas constituer de frein à notre élan Par Sidy Djimby NDAO  

Les Sénégalais ont massivement voté dimanche pour élire leur président de la République. Aujourd’hui jeudi 28 février, le juge Demba Kandji Président de la commission de recensement des votes a proclamé les résultats provisoires.

J’ai observé ce processus de près et je voudrais dire ce que je crois. D’emblée, je voudrais dire que je suis très loin d’être d’accord avec le Président Macky Sall. Je n’ai pas voté pour lui… j’ai même fait voter pour l’opposition. Je l’assume en toute responsabilité.

Mais si les leaders de l’opposition ne sont pas en mesure de fournir des preuves de confiscation du pouvoir par Macky Sall, qu’ils se gardent d’appeler à l’insurrection.

Mieux, s’ils en sont incapables, qu’ils appellent le vainqueur pour le féliciter, pour le bien du Sénégal.

Aux gens de Benno Bokk Yaakaar vous devez avoir le triomphe modeste. Puisque non seulement cette élection, comme toutes celles qui sont organisées depuis 2012, a été entachée par des irrégularités majeures qui n’ont fait qu’amoindrir le poids du Sénégal sur la balance de la démocratie, mais plus de 40% des Sénégalais ne sont pas d’accords avec vous.

Après avoir été déclaré vainqueur de la présidentielle au Nigeria, le Président Mouhamadou Buhari, face à la presse, a dit : « Je demande à mes partisans de ne pas jubiler ou humilier l’opposition… la victoire doit être une récompense suffisante pour leurs efforts ». Vous ne devez pas faire moins.

Aux Sénégalais, mon peuple, je marque ma très grande fierté. Vous avez été nombreux à aller voter dans la paix et dans la plus grande responsabilité. Le même jour, certains sont retournés à leur travail et occupation. Au fond de moi ce que je crois, c’est que l’élection a été biaisée depuis le début.

La refonte du fichier, la confection de nouvelles cartes d’électeur, l’absence de dialogue, le parrainage, qui a limité le nombre de candidats à cinq… ont été déterminants sur l’issue de l’élection.

Cette élection n’est qu’une étape de notre marche démocratique. Et les manquements notés ou l’échec de certains ne doivent en aucun cas constituer de frein à notre élan.  Vive la République  Et que vive le Sénégal,Journaliste au quotidien Les Échos

COMMENT L’OPPOSITION DOIT-ELLE REPRENDRE L’INITIATIVE PAR NDIAWAR KANE

EXCLUSIF SENEPLUS – Au jeu pipé, Macky a bien gagné au premier tour – L’agenda à présent, c’est de forcer au retour d’une personnalité neutre au ministère de l’Intérieur, imposer une révision consensuelle du code électoral et la dissolution de l’Assemblée

L’opposition patriotique n’a pas le droit d’être dans la triche. Laissons la triche à ceux que certains appellent les prédateurs, les corrupteurs et les corrompus qu’ils localisent en général au sein de l’équipe au pouvoir.

Pour tout observateur averti du jeu politique au Sénégal, il est évident, sur la simple base des résultats par bureau de vote donnés en direct par les radios privées et indépendantes, que Macky Sall a largement gagné et passe au premier tour comme SenePlus l’a clairement indiqué il y a plus de 48 heures.

Il est établi que le bastion de l’opposition, celui de la résistance à la gouvernance de Macky qualifiée par beaucoup de calamiteuse, se trouve dans la région de Dakar et en particulier dans la capitale.  A Dakar, selon les résultats donnés en direct par les radios privées (Sud FM et RFM), Macky Sall a obetnu plus de 50% des voix dans pratiquement tous les bureaux, de Grand Yoff (le fief de Khalifa Sall), aux Maristes, aux Almadies, aux HLM, aux Parcelles Assainies, etc.

Tout esprit rationnel capable de prendre de la distance par rapport à ses propres choix partisans ou ses propres convictions politiques comprend qu’avec de tels scores dans la capitale, Macky Sall passe largement au premier tour.

Si l’on schématise un peu, la moitié de l’électorat global du pays est favorable à l’opposition et se trouve dans les régions de Dakar, Thiès, Diourbel, Ziguinchor et dans la Diaspora. La région de Dakar, à elle seule, totalise 26% de l’électoral global du pays mais elle représente 50% du nombre d’électeurs favorables à l’opposition dont elle constitue le principal vivier en voix.

Pour s’assurer d’un deuxième tour, l’opposition devait contenir le pouvoir dans la région de Dakar autour d’un score de 40%. Quand Macky tourne autour de 48 à 50% à Dakar, l’opposition ne peut pas le battre. C’est une impossibilité statistique.

Le scrutin du 24 février rappelle à bien des égards la présidentielle de 2007. De nombreux analystes avaient prédit que Wade serait battu et qu’au premier tour il n’obtiendrait pas plus de 40% des suffrages. A l’époque, à l’écoute des résultats en direct sur Sud FM et Zik FM, les chiffres bureau par bureau à Dakar remettaient en question minute après minute les prédictions d’un deuxième tour. Wade arrivait systématiquement en tête avec près de 50% des voix dans la plupart des bureaux de la capitale. Le coup de massue pour certains a été l’annonce de la victoire du président sortant dans pratiquement tous les lieux de vote de Niary Tally, là même où la Ligue Démocratique avait son siège à l’époque. Dès cet instant, il était temps de reconnaître que la cause était entendue. Wade passa au premier tour.

Le calcul statistique est rationnel. C’est un instrument, un moyen scientifique de description et d’analyse de la réalité. Notre esprit partisan et notre désir de voir le pays changer ne doivent pas amener à tomber dans l’irrationnel. Voir à ce sujet le texte publié par SenePlus.com de Saxewar Diagne, intitulé « Comprendre la stratégie du chaos de Wade ».

Aux critiques de la rationalité des données statistiques, il faudrait rappeler que pour évaluer le niveau de maitrise de l’orthographe d’un texte de 10 pages, il suffit, le plus souvent, de ne lire qu’une seule page pour tirer des conclusions tout à fait scientifiques et en avoir une idée globale. A partir d’un échantillon dont les caractéristiques particulières sont bien maitrisées, on aboutit tous les jours à des conclusions scientifiques sur un ensemble. Cela est valable en Médecine, en Physique, en Chimie, en Économie, en Agriculture, bref dans tous les domaines de la vie.

Par ce même procédé, il ne fait aucun doute qu’au jeu de dés pipés du 24 février, Macky Sall passe largement au premier tour. Il fait même mieux que Wade qui, lui, en 2007 tournait autour de 56%.

Oui Macky est peut-être selon ses critiques, le pire des 4 présidents que le Sénégal ait connus. Oui Macky dépasse peut-être aujourd’hui Wade en matière de mal-gouvernance comme cela se dit çà et là. Oui Macky n’a peut-être pas les intérêts du Sénégal comme priorité et, comme le disent certains, son principal objectif pourrait être son maintien au pouvoir pour renforcer sa prédation et celle de la France sur le Sénégal. Tout cela est peut-être plus ou moins vrai mais en aucun cas, cela ne peut justifier que les résistants, l’opposition, elle-même souvent, au demeurant, décrite comme autant prédatrice que ses adversaires, ne se mettent à vouloir tricher en scandant le slogan absurde d’un deuxième tour.

Aujourd’hui, l’opposition doit saisir le moment pour réagir comme elle n’a pas su le faire il y a deux ans après les catastrophiques élections législatives. Il s’agit de rétablir la connexion avec Wade et le PDS et de forcer le retour à une personnalité neutre au ministère de l’Intérieur, imposer au pouvoir une révision consensuelle du Code électoral, imposer la dissolution de l’Assemblée nationale (pour permettre l’alignement aux 5 années du mandat présidentiel), imposer également une amnistie politique générale et aller à des législatives combinées avec les locales d’ici à la fin de cette année 2019.

Voilà un agenda de résistance, de combat qui lui peut être légitimement mené, même jusqu’à la violence de la rue, tant qu’elle n’est pas aveugle et gratuite. A y regarder de près, c’est en plusieurs points la stratégie de Wade expliquée par Saxewar Diagne ici sur SenePlus.com et dans l’édition du quotidien l’As du 18 février 2019.

Oui toutes les grandes transformations sociales dans l’histoire s’expriment en partie sous une forme, ou une autre, par une certaine violence. Oui l’histoire nous enseigne que la violence peut être légitime mais cela n’est vrai que si elle est du bon côté de l’histoire, si elle n’est pas gratuite et si elle n’est pas aveugle.

C’est pour cela que la résistance et la contestation aujourd’hui au Sénégal ne doivent pas tourner autour de cette question tout à fait illégitime d’un deuxième tour, mais sur la remise en cause de la mascarade du processus électoral qui a imposé un scrutin dont les résultats étaient connus d’avance.

C’est cela la bataille à l’ordre du jour et non pas une bataille de la triche pour résister à un pouvoir que l’opposition elle-même qualifie de tricheur.

On ne se bat pas contre ceux-là que l’on qualifie de prédateurs en trichant comme eux. Les patriotes doivent saisir l’instant pour imposer des réformes immédiates en rendant au besoin le pays ingouvernable mais cela doit s’appuyer sur un agenda qui lui doit être légitime et porteurs de changements positifs pour le pays.

L’opposition n’a pas le droit de prendre les Sénégalais en otage et amener le pays à l’aventure parce qu’elle n’a pas les moyens, ou disons, qu’elle ne veut pas se donner les moyens d’engager une bonne lutte patriotique et préfère le raccourci d’une revendication illégitime d’un deuxième tour.nkane@seneplus.com

MACKY GAGNANT, LE SÉNÉGAL PERDANT PAR FARY NDAO

Avec son bilan rural, son parrainage sur mesure, ses prisonniers triés sur le volet, la distribution d’argent, Macky devait juste faire une campagne solide pour remporter démocratiquement une victoire qu’il avait bâtie de manière froide, brutale

La messe est dite. La Commission nationale de recensement des votes (CNRV) s’est prononcée et le président sortant, Macky Sall, a gagné l’élection présidentielle du 24 février dernier 2019, avec 58 % des votes. Idrissa Seck, dans un dernier baroud d’honneur marqué par un programme de qualité et son talentueux lieutenant, le Dr Abdourahmane Diouf, arrive deuxième avec 20 % des suffrages exprimés. Ousmane Sonko, véritable révélation de cette élection, porté par un vote jeune, obtient un score de 15 % qui le positionne désormais comme une figure incontournable de la scène politique sénégalaise. Issa Sall et Madické Niang terminent respectivement avec 4 % et 2 %.

Macky Sall a donc gagné mais j’estime que le Sénégal a perdu car jamais ses élites, politiques, médiatiques et intellectuelles, n’ont été aussi peu à la hauteur de l’enjeu.

Des élites toxiques et arrogantes

J’avertissais, il y a de cela quelques semaines sur la mauvaise foi des intellectuels et activistes sénégalais. Avalant tout ce qui est dit par leurs leaders ou alliés du moment, applaudissant ici la réception d’ouvrages inachevés, gobant là bas tout ce qui est raconté sur le pétrole et le gaz, ces intellectuels et activistes, d’un camp ou de l’autre, sont dangereux. Ils sont dangereux car ils ont les moyens sémantiques et dialectiques de justifier leur mauvaise foi face aux faits implacables. Ils sont dangereux car dans un espace virtuel où des adultes de 50 ans côtoient des adolescents de 14 ans, ils radicalisent indirectement d’autres personnes, souvent plus jeunes et influençables, qui leur donnent du crédit, eux qui ont une dimension, surfaite ou réelle, de personnages publics.

Nous avons à nouveau observé, et avec effroi pour ma part, l’hystérie qui s’est emparée de ces hommes et de ces femmes qui se croient, qui se décrètent, qui se labellisent plus patriotes et plus sénégalais que les autres. Sans jamais apporter la moindre preuve d’une fraude électorale de masse, relevant à juste titre des dysfonctionnements tout à fait inacceptables dans une Démocratie mais n’ayant aucune influence statistique décisive sur l’expression globale du vote, ces « réclameurs » de second tour ont insulté et dénigré toutes les personnes qui faisaient un travail de compilation objective ou demandaient tout simplement que le décompte se poursuive dans la sérénité. Apparemment, dans notre pays où l’inversion de la charge de la preuve est devenue la norme, appeler à la retenue ou faire de simples opérations de compilation mathématique sur la base de documents officiels serait un acte de trahison à la nation dans l’esprit de ces individus. Mais pourquoi faire des élections si on crie à la fraude dès que le résultat ne va pas dans le sens que l’on aurait souhaité ?

Soulignons également l’attitude de certains journalistes et représentants de la Société civile qui ne laisse désormais plus de doute sur leurs positions politiques. Il vaut mieux pour tous qu’ils se délestent de leurs manteaux professionnels qui requièrent d’eux une neutralité théorique et qu’ils s’engagent ouvertement dans l’arène politique partisane. Espérons qu’ils s’efforceront, une fois qu’ils y seront, de développer un esprit rationnel qui respecte au moins les faits.

Les raisons d’une réélection programmée

Macky Sall a été réélu démocratiquement, avec une participation massive des Sénégalais (66% de participation) dans un scrutin dont l’expression globale a été respectée grâce à un système rodé de décompte de votes où tous les candidats sont représentés à tous les niveaux. Que celui qui n’en est pas convaincu compile les procès verbaux des 15000 bureaux de vote du pays et qu’il vienne ensuite nous dire s’il trouve des résultats sensiblement différents de ceux la Commission nationale de recensement des votes (CNRV) et de ses démembrements départementaux qui ont déjà fait ce travail et qui nous ont permis, par le passé, de faire partir Abdou Diouf et Abdoulaye Wade.

Macky Sall a été réélu mais ma conviction, et je m’en étais ouvert à des amis il y a plusieurs semaines déjà, c’est que ce scrutin était joué d’avance. Macky Sall et son camp ont créé les conditions d’une réélection au premier tour grâce à cinq éléments :

Le premier est son bilan dans le monde rural porté par la construction/réfection de routes nationales et départementales qui améliorent sensiblement la mobilité de nos compatriotes de l’interland longtemps isolés du reste du pays, mais aussi par des programmes à réel impact socio-économique comme le PUDC, l’accès à l’eau potable et la modernisation du matériel agricole. D’autres mesures plus clientélistes comme les bourses familiales, l’achat de voitures aux chefs de villages ou les projets de modernisation des villes religieuses ont également pesé dans la balance. Nos compatriotes du monde rural l’ont plébiscité pour cela aussi. Il faut respecter cette amélioration de leur quotidien, même s’ils vivent encore dans un dénuement immense, ou le fait que leur « ville sainte » soit plus jolie ou mieux aménagée à leurs yeux. Tous les Sénégalais n’ont pas les mêmes problèmes ni les mêmes référentiels de valeurs. Il faut aussi respecter cela.

Le second élément est le parrainage populaire, modification unilatérale du processus électoral, voté sans débat à l’Assemblée nationale, mis en œuvre de manière chaotique et enfantine (« premier arrivé, premier servi »). Ce parrainage a écarté des candidats qui, cumulés, auraient pu grignoter au Président sortant quelques centaines de milliers de voix. Je pense notamment à Malick Gackou, Hadjibou Soumaré, Abdoul Mbaye, Aida Mbodji, Pape Diop.

Le troisième élément est l’emprisonnement d’opposants politiques comme Khalifa Sall et Karim Meïssa Wade sur la base de faits certes implacables mais surtout d’une justice sélective qui ferme les yeux sur les rapports accablants épinglant la gestion sulfureuse de nos deniers publics par les partisans du parti au pouvoir. En écartant ces deux candidats du Mankkoo Taxawu Sénégal et du Parti Démocratique Sénégalais, presque un million d’électeurs lors des législatives de 2017 sont devenus orphelins. Sans ses chefs, cet électorat groggy et déboussolé s’est dispersé et une partie, celle « détenue » par des gens comme Moussa Sy (Dakar), Ahmed Fall Braya (Saint-Louis), a rejoint Macky Sall. A cela, il faut rajouter les députés transfuges comme Modou Diagne Fada, Aissata Tall Sall, Abdoulaye Baldé et la dispersion/abstention des électeurs du PDS suite à l’appel au boycott de Me Wade.

Le quatrième élément est la distribution massive d’argent public dans les zones urbaines (Dakar, Guédiawaye, Pikine, Rufisque). Captée sur des vidéos durant cette campagne, vécue au quotidien par ceux qui vivent ou se rendent dans ces quartiers populaires, la distribution d’argent est une technique récurrente du parti au pouvoir dans des zones urbaines où la vie chère et les besoins de représentation sociale connaissent une inflation sans cesse grandissante. Appelés « financements » dans le jargon politique, ils servent à faire bouillir la marmite à la maison, à soigner les malades, à assurer les « ndawtal » et autres « teranga ». Quand un jeune couple de trentenaires, parents d’une petite fille paie 20 000 FCFA de location mensuelle pour son petit studio à Thiaroye Gare et qu’un baron politique local bénéficiant de fonds politiques lui verse régulièrement 40 000 ou 50 000 FCFA, comment s’étonner qu’il vote pour son bienfaiteur ? Ce sont des choses réelles, dures à accepter mais qui sont là et qui expliquent les scores solides de Macky Sall dans des zones urbaines insalubres et pauvres. Comment le combattre ? Je ne sais pas. Je suis impuissant devant cela.

Le cinquième et dernier élément est l’histoire individuelle de Macky Sall. Hal pulaar né et élevé chez les sereer, Macky Sall dispose d’un atout quasi unique sur la scène politique nationale : il est vu comme un membre à part entière des deuxième et troisième groupes démographiques les plus importants du pays. Si à cet atout naturel, il ajoute 7 ans de ralliements sincères ou opportunistes de leaders politiques autochtones de ces zones, comment s’étonner qu’il fasse des scores de 75, 80 ou 90 % en pays sereer et en pays pulaar. Quand on voit que le « nouveau venu » Ousmane Sonko fait 53 % dans le département Ziguinchor et bénéficie lui aussi d’un vote régionaliste qui a également sanctionné des propos stigmatisants envers les habitants de la région naturelle de Casamance, les scores de Macky Sall dans ses fiefs sont logiques. Notre pays n’a pas encore achevé son processus de « sécularisation sociale » et reste largement traversé par des logiques claniques et régionalistes.

Avec son bilan rural, son parrainage sur mesure, ses prisonniers triés sur le volet, la distribution d’argent en zone urbaine pauvre et sa double culture qui fait de lui l’enfant de deux bassins électoraux, Macky Sall devait juste faire une campagne solide pour remporter démocratiquement une victoire qu’il avait bâtie de manière froide, brutale et méthodique, aidé par le capharnaüm autour des cartes d’électeurs qui a empêché des dizaines de milliers de personnes de voter (mauvaise saisie des données, changement de bureau de vote etc.). Accepter d’aller à ces élections, c’était accepter de faire face à un mastodonte qui allait valider démocratiquement et au 1er tour un processus électoral géré de manière inélégante, cavalière et, j’insiste, brutale. « Nous avons joué, nous avons perdu » m’a dit une amie sonnée par la défaite. Je le pense aussi.

Nous avons des élites toxiques et intolérantes, j’en suis désormais convaincu. Des élites symbolisées par les intellectuels, activistes et hommes de médias que je citais plus haut. Des élites qui préfèrent l’invective à l’analyse. L’injonction à la compréhension. La colère à l’empathie. L’arrogance au respect de l’autre. Des élites toxiques qui ont aidé le Président réélu à vicier le processus électoral en amont du vote. Des élites toxiques qui réclamaient urbi et orbi un second tour sans jamais nous dire pourquoi de manière rationnelle. Des élites qui, lors de ce scrutin qui était parti pour être calme, ont trouvé du grain à moudre avec les sorties hasardeuses et prématurées d’Idrissa Seck, d’Ousmane Sonko et de Mahammed Boun Abdallah Dionne, avec pour ce dernier, la complicité de la télévision publique. Ces acteurs de premier plan, alors que le dépouillement était en cours, devaient tous prendre de la hauteur en tant que parties prenantes à ce scrutin et en tant qu’hommes d’Etat.

Enfin, tous les militants et électeurs rationnels, républicains, sachant concéder une part de vérité aux autres et surtout respectant le choix de leurs compatriotes Sénégalais, quels qu’ils soient, devront tirer des leçons de ce qui s’est passé dans notre pays depuis 7 ans et à l’occasion de ce scrutin. Ils devront bâtir une offre politique sérieuse, de fond, lucide, riches en propositions concrètes et respectant toutes les sensibilités du pays. Sinon dans 5 ans, nous n’aurons encore que nos yeux pour pleurer.

ALIOUNE TINE, DIRECTEUR AMNESTY INTERNATIONAL EN AFRIQUE DE L’OUEST : « C’est une séquence historique de régression politique et démocratique »

http://www.enqueteplus.com Dans un discours teinté d’espoir et d’inquiétude, le directeur d’Amnesty International en Afrique de l’Ouest, Alioune Tine, monte au créneau dans ce contexte post-électoral plus que tendu, pour tirer la sonnette d’alarme. Passionné, engagé et déterminé, le militant chevronné des droits humains prévient contre ces signaux qui menacent la démocratie et la paix au Sénégal.

Globalement, quelle appréciation faites-vous du déroulement de la campagne et du scrutin ?

J’ai suivi la campagne avec beaucoup d’intérêt et de manière active. Globalement, la campagne s’est bien déroulée. Tous les candidats ont fait preuve d’un sens aigu des responsabilités. Même s’il y a eu des scènes de violence très regrettables. Les appels à la non-violence ont finalement été entendus. Il faut aussi reconnaitre que le ministre de l’Intérieur a eu à prendre les bonnes décisions pour que les forces de défense et de sécurité puissent prendre en charge la sécurité des différents protagonistes. Aussi, pour la première fois, des efforts ont été faits par les candidats dans l’élaboration des programmes. Je pense que c’est un progrès par rapport à ce qu’on avait l’habitude de voir. Tout comme la participation des citoyens et de la société civile au débat national. Plusieurs segments de la société ont interpellé les candidats ; certains les ont auditionnés pour s’imprégner de leurs offres. C’est quelque chose de tout à fait remarquable, à mon avis.

Concernant le scrutin, il faut surtout saluer la maturité, le sens des responsabilités du peuple sénégalais. Encore une fois, ce peuple a donné une image fantastique de sérénité, de retenue, de responsabilité à toute la communauté internationale. Il faut souhaiter que l’ensemble des leaders politiques soient à la hauteur de cette dignité manifestée par tout le peuple sénégalais.

Pensez-vous que c’est le cas ?

Ce n’est pas du tout le cas. Et c’est une grande faille dans la démocratie sénégalaise. Jusque-là, la classe politique n’est pas en mesure de satisfaire ces exigences du peuple en matière de démocratie. Le paradoxe, c’est que le Sénégal a été un jardin d’essai, un laboratoire de la démocratie en Afrique. Nous avons commencé à voter en même temps que les pays développés, au XIXe siècle. Nous avons donc une longue tradition démocratique. Et le Sénégal n’a pas connu de discontinuité dans l’exercice de la démocratie. On a eu la loi Blaise Diagne, la loi Lamine Guèye… C’est très important ce qu’on a vécu. Même après l’indépendance, la séquence de la rupture du pluralisme politique était limitée. C’était de 1966 à 1974. Et tout ça, c’est le fruit de combats, de sacrifices. La démocratie n’a jamais été donnée aux Sénégalais sur un plateau d’argent. C’est le fruit des luttes démocratiques, syndicalistes, militants… Et c’est tout ça qui a constitué l’exception sénégalaise.

Maintenant, qu’est devenue cette exception sénégalaise dont vous vantez les mérites, au sortir de ce scrutin du 24 février ?

Pour comprendre cette situation actuelle, il faut revisiter l’histoire de notre démocratie qui est en dents-de-scie. C’est à partir de 1978 qu’on a connu notre première élection plurielle, multi partisane. C’était une élection sympathique, sans tension pratiquement. Même Wade ayant gagné 20 députés avait accepté de négocier avec le président de la Cour suprême Kéba Mbaye pour les ramener à 18, à cause de Laye Diop Diatta. Tout ça se faisait, mais dans le cadre de la concertation, du dialogue politique… Et cela a été consolidé entre 1991 et 1998.  Elle s’est concrétisée par l’Assemblé nationale de 1998 qui est, à mon avis, la meilleure Assemblée de l’histoire politique de notre pays. Toutes les sensibilités étaient là et bien représentées.

On était pratiquement entre 49 et 51 %. En 2000, c’était l’apothéose. C’est à partir de 2004 que les choses ont commencé à se détériorer. Et c’est à cause de l’obsession du deuxième mandat, à cause du coup Ko. C’est-à-dire passer coûte que coûte au premier tour. A la Raddho, nous l’avions perçu avec l’arrestation arbitraire de leaders politiques, le harcèlement de certains acteurs… On avait mis en place le pacte républicain et depuis lors, on parle de la nécessité d’une réforme de nos institutions. Personne ne nous avait écoutés. On est allé à l’élection présidentielle de 2007 et tout le monde a vu ce qui s’est passé. Wade est passé au premier tour et on a commencé à parler de fraude électronique. Là aussi, c’est le résultat d’un processus électoral qui n’a pas été consensuel.

Voulez-vous dire que ce sont les mêmes causes qu’on est en train de vivre, avec la rupture du dialogue, l’emprisonnement et le harcèlement d’opposants au régime ?

C’est comme si on revivait la même chose. En dépit de ce qui s’est passé le 23 juin 2011. J’aurais pu citer également la toute-puissance du chef de l’Etat. Le président de la République a des pouvoirs énormes. Il n’y a aucune institution ou pouvoir qui peut l’empêcher de faire ce qu’il veut. Toutes les institutions lui appartiennent, comme on l’a vu avec Wade. Et n’oubliez que Macky a vécu tout ça très fortement, en tant que directeur de campagne de l’ancien président. Mais on espérait que le 23 juin sonnerait la mort de ce système de parti-Etat où aucun pouvoir ne peut arrêter la volonté du chef de l’Etat. Sinon une mobilisation exceptionnelle, comme cela a été le cas en 2011. C’est tout ça qui avait conduit au boycott des législatives de 2007 par l’opposition et c’était une catastrophe pour la démocratie… Quand on a une population avec une conscience politique aussi élevée et qu’on veut gouverner avec des méthodes du passé, cela amène des ruptures. Si on ne fait pas attention au parti-Etat, ça va faire éclater le vivre ensemble. De plus en plus, on voit des dérives de la part de certains responsables qui n’ont aucune culture politique, aucune culture étatique, qui n’ont pas de culture tout court. Il faut faire extrêmement attention.

Justement, en parlant de certains hommes politiques, il y a la sortie de Me Moussa Diop qui fait l’objet de toutes les polémiques. Que vous inspire cette sortie ?

C’est une catastrophe. Ce type doit être limogé. Il ne peut plus occuper une station de cette nature. C’est très grave ce qu’il a dit. Pour moins que ça, on a arrêté et mis en prison le rappeur Karim… C’est deux poids, deux mesures. Celui qui sème le désordre, qui trouble l’ordre public, c’est beaucoup plus ce Dg avec sa déclaration catastrophique. Les insultes qu’on a entendues chez les hommes politiques, c’est beaucoup plus grave. Il faut réexaminer le mode de fonctionnement de notre justice. L’arrestation de ce garçon ne se justifie pas. La jeunesse, quand ils font dans la contestation politique, c’est de leur âge, c’est de leur génération. C’est le manque de dialogue entre le pouvoir et la jeunesse qui nous amène ces formes de rupture.

Et tout ça est alimenté par le phénomène partisan. Je vous assure que c’est un cancer pour le vivre ensemble. La démocratie, c’est le conflit, mais ce n’est pas l’exclusion. Ici, c’est l’exclusion de tous ceux qui ne partagent pas votre opinion. De même que la corruption politique et la transhumance. Aujourd’hui, il n’y a plus de sens dans la politique. Et c’est la chose la plus grave. Quand ça arrive, tout peut arriver. Je ne sais pas qui sera élu, mais il faudra qu’il remette du sens dans la politique. Que l’on se débarrasse du phénomène partisan et que la Fonction publique ainsi que les postes essentiels dans ce pays soient occupés par les plus méritants. Et c’est vraiment le sentiment que j’éprouve, avec l’arrestation de ce jeune rappeur et le silence sur la déclaration de ce directeur général.

Indépendamment de cette sortie de Me Diop, certains soupçonnent de plus en plus un vote ethnique et un vote confrérique. Quelle lecture faites-vous du vote de Touba ?

Touba est en train de s’émanciper des influences des leaders politiques. Il faut faire extrêmement attention. Cela ne date pas d’aujourd’hui. Le vote protestataire est là, depuis le référendum. Il faut donc l’interroger avec beaucoup de parcimonie. Touba, ce n’est pas seulement une cité religieuse. C’est une cité éminemment politique. Il ne faut donc pas perdre de vue cet aspect. Les gens ne sont pas liés par le ‘’ndiguel’’. Touba n’est pas non plus lié à l’argent. On a mis beaucoup d’argent à Touba pendant le référendum, les législatives et la Présidentielle. Quand on regarde les effets de tout cela, il faut peut-être avoir un autre comportement par rapport aux gens de Touba qui sont des citoyens, qui sont politiques, qui analysent… La plupart des jeunes marabouts sont dans toutes les sensibilités. Ce n’est plus les talibés illettrés qui ne s’occupent que de leur ‘’aluwa’’.

Ce sont des intellectuels qui sont là-bas. C’est à Touba que vous entendez les gens dire ‘’nous allons construire une université’’. Il ne faut donc pas tirer de conclusions hâtives. Maintenant, j’ai comme l’impression que quand les leaders politiques sont dans leur bulle, ils ne regardent pas avec une loupe les dynamiques qui s’opèrent dans la société. Il faut faire extrêmement attention avec les questions communautaires. Les conflits les plus meurtriers, ce sont les conflits communautaires. Et ça traverse toute l’Afrique de l’Ouest. Vous les retrouvez au Sénégal, en Gambie, je ne parle même pas de la Guinée et c’est beaucoup plus violent au Mali. Il faut arrêter de dire que cela ne peut nous arriver. Il y a des signes, même si c’est très faible. C’est le moment de les analyser, de voir comment les corriger en vue de les prévenir.

Outre Touba avec son vote qualifié par certains de confrérique, on parle aussi au Nord d’un vote ethnique. Avez-vous ce sentiment ?

Vous savez, le Nord, chez mes parents du Fouta, ils ont l’habitude d’être des légitimistes. C’est-à-dire d’être toujours avec le pouvoir. C’est cela la psychologie dans le Fouta. C’est la psychologie de l’imamat. C’est Dieu qui donne le pouvoir, il ne faut donc pas aller à l’encontre. Maintenant, si celui qui a le pouvoir est en plus de cela un Pulaar, l’effet ‘’Neddo ko bandum’’ devient hyper. Il faut donc que tout le monde fasse attention avec cette interprétation. C’est le contexte qui fait que les gens regardent tout. Mais l’Etat doit faire extrêmement attention pour qu’en son sein, que les gens n’aient pas l’impression que la politique du ‘’Neddo ko bandum’’ est majoritaire. Tout le monde doit faire attention aux signaux qui émergent.

Pour ce qui est de Sonko avec la Casamance, c’est un peu différent. Quand Baldé était là, la question ne se posait pas, parce que c’est un Peul. Mais sa maman est une Diola. Et il y a un brassage interculturel tel que ces questions identitaires ne se posent pas. Avec l’absence de Baldé, ils se sont dit : pourquoi ne pas se rabattre sur Sonko. Mais on ne peut pas dire que ce dernier est le candidat des Casamançais. Regardez les résultats importants qu’il a obtenus à Dakar. Il est également très apprécié à Saint-Louis. Et il a gagné dans la diaspora. Il faut donc être assez attentif, mais en même temps, il faut être vigilant par rapport à certaines choses qu’on n’a jamais vues au Sénégal.

Ce débat doit-il rester tabou ou doit-il être posé sur la table ?

Il faut mener ce débat. Il faut crever l’abcès, regardez les choses de façon profonde. En réalité, nous devons avoir des leaders qui ont un sens élevé du dépassement, des responsabilités, de la culture d’Etat et qui veillent scrupuleusement au vivre ensemble, qui font en sorte que ce débat ne dérive pas. Ce qui se passe au Mali doit nous servir d’exemple. Les Dogons et les Peuls ont vécu ensemble pendant des siècles. Ils ont mis en place des mécanismes de régulation qui fonctionnaient à merveille et qui consolidaient la paix. Aujourd’hui, ils sont en train de se battre de manière sauvage, comme on ne l’a jamais vu. Il faut tirer des leçons de tout cela.

Vous avez peur que cela arrive au Sénégal ?

Le Sénégal, c’est un pays comme tous les autres. En plus, on a maintenant du pétrole. Bien sûr qu’on a peur. En 2007, la question du pétrole ne se posait pas. Malgré tout, il y avait cette obsession du deuxième mandat. Aujourd’hui, il y a non seulement l’obsession du deuxième mandat, mais aussi celle du pétrole. Je dis que la malédiction du pétrole vient compliquer la situation politique déjà compliquée qu’on avait. Je ne sais pas qui sera président, mais il va hériter d’une situation difficile, explosive. C’est pourquoi je recommande un grand débat post-électoral sur l’ensemble des problèmes qu’on a vécus, faire une espèce d’évaluation de notre système démocratique en regardant les points faibles et les points forts.

Et nous sommes d’ailleurs en train d’y travailler. Comment réinventer la démocratie africaine de demain en nous appuyant sur nos propres valeurs. Parce qu’il y a des valeurs qui ont foutu le camp, aujourd’hui. Les convictions ont foutu le camp, les idéologies ont foutu le camp. On ne peut pas continuer de faire de la politique juste pour le partage du gâteau. On ne doit pas faire de la politique pour regarder l’autre comme un ennemi, qui doit être exclu de tout, qui n’est même pas considéré comme un citoyen. C’est cela qu’on appelle le deuil du sens. Une rupture dans la relation avec le sens, dans la relation avec l’autre… Quand vous regardez la situation, il y a tous ces ingrédients. Le dialogue devient plus que nécessaire dans ces circonstances.

Avec les positions tranchées du côté de l’opposition comme du côté du pouvoir, ne craignez-vous pas des contestations qui pourraient déboucher sur des violences ?

Moi, jusqu’à preuve du contraire, je fais confiance aux leaders. Aussi bien du pouvoir que de l’opposition. Je pense que, dans l’opposition, les gens ont fait preuve d’un grand sens de responsabilités, tout au long du processus. Maintenant, quand on a un processus électoral dissensuel, avec de la tension, de la violence, c’est ce qui amène ce genre de situation. Dans ces conditions, on ne peut pas s’attendre à une fin qui soit heureuse. Il nous faut maintenant faire preuve de résilience, parce que nous avons un système particulièrement inique. Avec 51 %, celui qui est élu prend tout et rien ne lui résiste. Il peut même prendre les gens et les mettre en prison. Il faut faire de sorte que ceux qui ont 49 % puissent exister.

Cela ne pose-t-il pas le lancinant débat du statut de l’opposition ?

Absolument. Ça marche dans certains pays. On peut citer le Burkina. C’était aussi le cas au Mali, même si c’est un peu difficile avec le contexte actuel. Ce serait une bonne chose pour notre démocratie. Il nous faut retravailler notre démocratie, la réévaluer, essayer de mettre en place une démocratie post-électorale, avec des institutions très fortes, des institutions qui soient au service de l’intérêt général. Dans un pays où prévaut l’intérêt partisan, l’intérêt particulier, l’intérêt clanique, on va finir un peu comme en Afrique centrale. Chacun se disant : je prends mon bout de pays et ça ne marche pas.  Certaines choses doivent appartenir à tout le monde : les ressources, les institutions de la République… Si vous avez un Parlement qui continue à être un outil du président, une justice entre les mains du président qui en fait ce qu’il veut, qui met en prison qui il veut, cela pose problème.  Sur ces questions, il est temps de s’assoir pour mettre en œuvre les propositions pertinentes qui ont été faites.  Que le futur président sache qu’il n’est pas là pour son parti. Qu’il n’est pas là pour son ethnie, sa famille.

Trois jours après le scrutin, nous sommes toujours dans l’incertitude. N’est-ce pas un recul par rapport à ce que nous avions l’habitude de voir ?

Cette séquence historique est une séquence à la fois historique et politique de régression politique et démocratique sur toute la ligne. Et cela se manifeste chaque jour que Dieu fait. Nous étions une espèce de phare qui illuminait un peu sur le plan démocratique et des Droits de l’homme l’ensemble du continent. C’est fini tout ça. Aujourd’hui, les gens nous regardent avec beaucoup d’inquiétude, en s’interrogeant. Les gens se demandent : mais qu’est-ce qui se passe au Sénégal ? Et nous avons l’obligation de ne pas décevoir. Ce défi appartient à tous les leaders. Nous devons faire de sorte qu’on soit au niveau de la dignité dont a fait montre le peuple comme je l’ai dit. Que la raison prenne le dessus sur les passions.

D’aucuns ont aussi indexé le traitement des résultats par la presse. Aujourd’hui, n’y a-t-il pas des risques sur cet acquis démocratique qui consistait, pour les médias, à publier les tendances ?

La responsabilité sur ce point est partagée. Elle incombe aussi bien aux médias qu’aux hommes politiques. Je pense que nous avons tous une responsabilité par rapport à ce qui se passe. Il faut faire notre introspection. Si nous sommes dans un contexte où publier les résultats peut donner de la violence, il faut voir ce qu’il faut faire.

Peut-on aller jusqu’à interdire la publication des résultats par les médias et quelles pourraient en être les conséquences ?

La publication des tendances par les médias est un acquis démocratique extrêmement important. Il faut aller plus loin. Moderniser notre système pour qu’à 20 h, tout le monde puisse savoir le vainqueur ou les vainqueurs. Cela calme les gens, les passions. Mais il faut le faire dans le cadre d’un code électoral consensuel. Comme il faut revoir la manière de nomination des organes chargés d’arbitrer les élections…

Peut-être aussi rendre le fichier disponible plus tôt pour les partis ?

C’était le cas en 1998. Quand le général Lamine Cissé a balancé le fichier pour des raisons de transparence, cela avait calmé tout le monde. Mais quand vous gardez le fichier jusqu’à la fin, qu’il y ait l’opacité partout, c’est ce qui crée ce genre de situation. Nous avons tous intérêt à ce qu’il y ait la transparence. Ainsi, il n’y aura pas de place pour les ‘’fake news’’.

Quelle est la responsabilité des partis politiques et de leurs leaders dans cette situation que nous vivons ?

Le problème fondamental, c’est la cacophonie au niveau des partis. Si n’importe qui peut se lever un jour et créer un parti, cela pose problème. Il faut aussi qu’il y ait la démocratie dans ces partis, des alternances en leur sein, qu’il y ait une éducation des militants. Si les gens ne sont pas éduqués et qu’ils accèdent aux postes de responsabilité, ça peut être une catastrophe pour la survie de l’Etat. En outre, il faut aussi aborder la question du financement des partis politiques. Il y a tellement de disproportion entre les moyens dont dispose le parti au pouvoir et les autres. Vous n’avez qu’à regarder les affiches des uns et des autres. Encore que les maigres affiches des opposants sont peinturlurées. Tout ça ce n’est pas bon pour la démocratie. Vous savez, rien que les affiches renseignent sur la santé démocratique dans un pays donné. Nous, notre démocratie est malade. Il est temps qu’on passe au scanner les pathologies pour essayer de trouver des remèdes les plus appropriés.

Quel bilan tirez-vous de la participation de la société civile à ce scrutin ?

Cette participation de la société civile a été remarquable. La société civile a apporté une bonne plus-value tout au long du processus. La société civile qu’on disait faible s’est beaucoup renforcée avec du sang neuf. La plupart de cette jeunesse branchée sur les réseaux sociaux avec ‘’Sunu Débat’’, ‘’Sunu Elections’’, ‘’Sénégal Vote’’. Cela a permis une division du travail au niveau de la société civile. Le tout, dans une parfaite cohabitation entre les vétérans, les doyens que nous sommes, et les jeunes. Il y a donc une nouvelle dynamique de la société civile et c’est à saluer. Nous avons aussi fait dans la médiation, la prévention de la violence.

Mais malgré tout ce qui est fait, on a l’impression d’être dans un éternel recommencement. N’y a-t-il pas quelque part un sentiment d’échec ?

C’est vrai. Aujourd’hui, tout le monde a conscience des faiblesses de la société civile. Mais ce n’est pas de la faute exclusive de la société civile. Il faut repenser le statut de cette société civile. Qu’est-ce que la société civile pour l’Etat ? Qu’est-ce qu’elle est pour les hommes politiques ? Pour les Sénégalais ? La société civile, si elle n’est pas renforcée par l’opinion, l’Etat et toutes les parties, elle s’affaiblit et c’est la pire des choses qui puisse nous arriver. Il faut discuter de tout ça. On ne peut pas avoir non plus une société civile dite africaine. Et à chaque fois, dans les financements, il n’y a que les Etats-Unis, l’Europe… Jamais de partenaires africains. Moi, je dis qu’on n’a pas de véritable société civile africaine. Ce qu’il nous faut, c’est une société civile africaine financée par des Africains. Car il faut qu’on soit ancré en Afrique, que l’on soit souverain. Comme on en demande sur le plan monétaire, sur le plan sécuritaire.

Pensez-vous que la Commission électorale nationale autonome (Cena) dans cette élection s’est bien acquittée de son rôle ?

La Cena n’a absolument rien fait. On ne l’entend pas. Elle ne prévient pas. Le processus s’est fait presque sans la Cena. Il y a eu 1 million 200 mille cartes distribuées sans le contrôle de la Cena. Elle n’a même pas les moyens nécessaires pour permettre aux Ceda de faire leur travail comme il le faut. Il faut repenser la Cena et y mettre des gens compétents. Cet organe ne doit pas être seulement un lieu qui permet à des retraités de pantoufler. Il faut de la jeunesse et de l’expérience. Mais elle ne doit pas être exclusivement laissée aux retraités.

Il y a aussi la question du mandat de son président qui est arrivé à terme.

Tout ça crée des problèmes. De même que le Cnra. Vous prenez quelqu’un qui doit aller à la retraite ; qui, en réalité, ne représente pas l’image d’un journaliste non partisan, respectueux de l’éthique et de la déontologie, qui a toujours été avec tous les présidents qui ont dirigé ce pays. Quand vous le faites, vous ne donnez pas une image d’impartialité. Comment le président du Cnra peut se permettre de s’opposer à un débat qui est de nature à renforcer notre démocratie ? Cela l’a davantage discrédité. Nous avons des organes qui travaillent à résister aux changements. Cette résistance au changement est même très forte.

Elle se fait par des méthodes autoritaires, la censure, la répression. Tout ça a fait reculer notre démocratie. Mais comme la résistance, les aspirations au changement sont également très fortes. Elles se matérialisent notamment par l’émergence d’un candidat comme Ousmane Sonko. Lui, c’est l’avenir, c’est la jeunesse. Et quand on regarde cette jeunesse, une partie est en train de mourir en Méditerranée ou dans le désert libyen, une autre partie est dans l’extrémisme comme les jeunes de Boko Haram. Ils disent que le système est pourri, il faut prendre les armes pour le combattre. Enfin, il y a la troisième catégorie qui est là et qui se bat. C’est les Lucha, les Balai citoyen, les Y en a marre chez nous. Au lieu de les encourager, on passe tout le temps à les diaboliser. Or, c’est en eux que réside l’espoir de ce continent.

Selon vous, quel a été le message véhiculé par les Sénégalais à travers leur vote ?

Ils ont une denrée rare qu’ils apprécient au plus haut niveau. Une denrée et des ressources qui ont fait la stabilité de ce pays. D’abord, ils veulent la démocratie. Une démocratie digne de ce nom. Ils veulent la justice. Ils veulent aussi un président qui soit le président de tous les Sénégalais… Vous savez, partout, les démocraties représentatives sont en crise. Dans certains cas, elles ont aussi produit des fascistes. Il ne faut pas oublier qu’Hitler est venu par la voie des urnes. Ce n’est pas parce qu’on est élu à plus de 50 % qu’on doit tout se permettre. Nous ne sommes pas à l’abri de toutes ces dérives. Aussi, il y a plus d’un million de Sénégalais qui se sont exprimés contre. On ne peut pas passer tout ça par pertes et profits. Le futur président doit mettre les Sénégalais dans une dynamique de réconciliation globale avec les institutions, particulièrement la justice. Pour moi, il est urgent de libérer Khalifa Sall, il est urgent de libérer Karim Wade et de les intégrer dans le débat. L’autre lecture, c’est comme je l’ai dit : Sonko qui est la grande révélation.

Avez-vous un message à lancer aux populations ?

Ce que nous avons de plus cher, c’est la paix, le consensus, le dialogue, l’ouverture, la reconnaissance de l’autre. Le jour où nous allons perdre cela, ça veut dire que notre Etat est en train de foutre le camp. Il faut que tout le monde se mobilise pour que les choses finissent dans la paix, qu’on utilise les voies du dialogue, de la palabre africaine pour résoudre nos conflits

Djibril Samb, Philosophe : «Tous les humains de tous continents sont chers au cœur du philosophe»

http://www.lesoleil.sn/ A l’image d’un Emmanuel Kant qui avait été surnommé « l’horloge de Königsberg », sa ville natale, pour son emploi du temps réglé comme du papier à musique, Djibril Samb n’a « pas une seconde à perdre dans les activités mondaines et ne (se) soucie guère de l’opinion du vulgaire ». Même retiré dans son jardin à Bango (Saint-Louis), après une carrière universitaire bien remplie, en « homme de cabinet », le Pr Samb continue de travailler avec acharnement. Sur sa table de travail, trois ouvrages en chantier : un traité de philosophie africaine, une monographie sur l’Afrique dans l’histoire et une biographie de Kanka Moussa, roi légendaire de l’empire du Mali. Parallèlement, il continue de tenir son journal philosophique dont les deux premiers tomes, « L’heur de philosopher la nuit et le jour », viennent de paraître. Dans cet entretien, le philosophe, qui « rumine impuissant » la défaite spirituelle de l’Afrique noire devant l’Orient et l’Occident, nous livre la substance de sa pensée sur quelques grandes questions du siècle.

Vous avez récemment publié les deux premiers tomes de « L’heur de philosopher la nuit et le jour » tirés de votre journal philosophique où vous consignez vos méditations depuis des années. Qu’est-ce qui peut bien pousser un bonhomme de 70 ans comme vous à continuer de tenir un journal intime ?

Je m’en suis expliqué dans la préface du tome 1 de « L’heur de philosopher la nuit et le jour ». Dans le « Phèdre », en 276 d, Platon soutient que l’écriture permet au philosophe, rattrapé par la « vieillesse oublieuse », de revisiter ses souvenirs grâce à la mémoire transcrite qui conserve les traces des chemins autrefois parcourus. Il s’y ajoute que je conçois clairement qu’il me revient d’assumer mon rôle de passeur et, en l’espèce, d’une tradition vivante de pensée critique. Enfin, je cherche à partager mon expérience d’humain, parfaitement universalisé, qui ne connaît ni ne reconnaît d’autre patrie que l’humaine condition. C’est là la tâche d’un authentique philosophe, en tout cas celle du philosophe de ce temps.

Lors de la cérémonie de dédicace de votre ouvrage organisée à Dakar, certains de vos amis n’ont pas manqué de souligner votre nouveau « look » (cheveux blancs, barbe longue). Est-ce une façon pour vous d’assumer votre statut de sage au sens africain du terme (vieillesse) mais aussi au sens philosophique ?

Je ne puis d’aucune manière assumer le statut d’un sage au sens philosophique du terme, car on apprend à devenir sage plutôt qu’on ne l’est. On n’est pas sage, on le devient, du moins selon les enseignements du Portique. En somme, c’est un apprentissage qui dure toute la vie, mais au moment de rendre son dernier souffle, on réalise qu’on n’est guère plus avancé qu’au début de sa vie. Peut-être est-ce l’une des raisons pour lesquelles le « Phédon », en 66 b, considère la découverte de la vérité comme une expérience post mortem. Quant à la notion de « sage africain », elle pouvait peut-être correspondre, en d’autres temps, à une certaine idée de la vieillesse, mais elle ne saurait, dans ce cas, rencontrer l’assentiment du philosophe. J’ai conduit d’intenses méditations sur la vieillesse, et j’en conclus qu’elle ne me change ni dans ce que je suis (mêmeté) ni dans qui je suis (ipséité). La mêmeté désigne la perdurance absolue du soi dans son être objectif, et l’ipséité, le soi-sujet renvoyant à la fois au soi et au non-soi. En l’absence de toute possibilité, pour le temps, d’atteindre leur substance, je puis dire que moi qui suis moi reste toujours moi. Je ne suis pas un autre, comme un autre n’est pas moi. Il en résulte que mon « look » ne saurait me définir, car s’il est à moi, il n’est pas moi. Vous trouverez la substance de mes réflexions sur la vieillesse, qui doit rester un regard de vie joyeux, dans le tome 3 de « L’heur de philosopher la nuit et le jour », qui paraîtra prochainement.

Vous êtes l’auteur d’une œuvre éclectique embrassant des domaines comme la philosophie grecque, la communication, la laïcité ou l’interprétation des rêves dans la région sénégambienne. Quel est le fil conducteur de vos recherches ?

J’ai plutôt deux fils conducteurs qui sont tous deux d’essence philosophique. Le premier explore la question de savoir ce que c’est que d’être humain. Cette interrogation porte sur la totalité de la condition humaine. Or tout ce qui touche l’humain me touche directement, dans le droit fil de Térence ou même de la sagesse proverbiale wolof qui aurait ébloui un Romain, s’il eût entendu dire : « homo homini medicus est » (L’homme est le remède de l’homme). Le deuxième fil conducteur est une immense enquête sur le « quelque chose », bien plus vaste que l’être et le non-être dans la mesure où il les comprend. J’ai entamé cette dernière recherche sur le versant de l’âge. Cette philosophie, je l’ai baptisée « tilogie » en m’inspirant du lexique des stoïciens. Je la bâtis peu à peu sans recourir à un traité. En somme, tout présente de l’intérêt à mes yeux, d’où une apparence d’éclectisme pour qui ne perçoit pas l’unité foncière des choses. Au livre G de la « Métaphysique », Aristote se demande qui aurait étudié la différence entre « Socrate assis » et « Socrate debout » si ce n’était le philosophe. La tâche du philosophe est sans frontière.

Vous êtes l’un des platoniciens les plus réputés au monde. D’où vient votre intérêt pour ce philosophe qui est au cœur de la culture et de la civilisation occidentale et quelle est la signification de sa pensée pour un philosophe africain ?

Votre question comporte deux aspects : d’abord, l’origine de mon intérêt pour Platon ; ensuite, l’intérêt de connaître Platon pour un philosophe africain. Sur le premier point, il faut retenir que Platon intéresse tous les philosophes parce qu’il est, si je puis dire, le constituant fondamental de la philosophie. En ce qui me regarde, il a retenu mon attention pour avoir structuré sa pensée autour du questionnement, tout au moins dans les premiers dialogues, qui sont ma spécialité étroitement définie. J’ai publié récemment à Paris un monumental « Commentaire de l’Euthyphron de Platon » et j’achève celui de l’Alcibiade. Enfin, il est essentiel de connaître le grand Athénien pour comprendre l’une des sources majeures de la pensée et de la civilisation occidentales, qui informent décisivement le monde contemporain. Quant au philosophe africain, comme le philosophe américain, ou européen, ou asiatique, il trouverait dans l’œuvre du grand maître de quoi nourrir sa pensée. Le philosophe « africain » est héritier à part entière de la tradition grecque, de sorte qu’il n’y a pas lieu de rechercher une raison spécifique à l’intérêt particulier qu’un Africain, philosophe ou non, peut trouver dans l’hellénisme. On ne le dit pas assez, mais des penseurs africains ont toujours joué un rôle essentiel dans la pensée gréco-romaine. Voyez donc le grand Plotin !

Vous êtes l’auteur d’un « Vocabulaire des philosophes africains ». Quelle est votre position définitive sur le débat concernant la philosophie africaine ?

En tant qu’historien de la philosophie, je ne travaille sur une question que si elle relève d’une discipline constituée, avec son objet et sa méthode. Vous faites bien de rappeler mon « Vocabulaire des philosophes africains ». On ne pourrait pas étudier ce vocabulaire si la philosophie africaine n’existait pas. Le débat sur la philosophie africaine, et notamment sur la question de son existence, en a jeté les fondements. Les remises en cause de son existence sont, paradoxalement, de la matière fécondante. L’un des charmes de la philosophie africaine, c’est justement sa propension à se placer devant un miroir pour se regarder, avant de se demander si elle ne serait pas plutôt autre chose qu’elle-même. Suis-je moi ou un autre ? Allons, je suis moi… L’historien doit décrire et analyser tout cela. D’ailleurs l’heure des traités est venue. Biyogo a écrit le sien. Il y en a un certain nombre dans le monde anglophone. J’ai commencé, pour ma part, la rédaction d’un traité de philosophie africaine contemporaine. En attendant, j’ai fini d’éditer l’ouvrage posthume d’Alassane Ndaw, « Penser l’Afrique noire », qui paraîtra très bientôt, car il est déjà entre les mains de l’éditeur.

Depuis quelques années, il y a un discours optimiste sur l’Afrique considérée désormais comme le continent du futur. A votre avis, l’Afrique est-elle irréversiblement inscrite « dans le temps du monde », pour reprendre le titre d’un de vos ouvrages ?

Je dois d’abord rappeler que, à la différence notable de nombre de nos idéologues, je suis un humaniste radical. Ce ne sont pas les pierres, les fleuves, les mers, les terres, qui m’offrent une patrie, mais la condition humaine, et elle seule. Je pense à « La Charte du Mandé » qui déclare : « Par patrie, pays ou terre des pères, il faut entendre aussi et surtout les hommes : car tout pays, toute terre qui verrait les hommes disparaître de sa surface connaîtrait le déclin et la désolation. » En conséquence, ce n’est pas d’un point de vue africaniste étroit que j’aborde le destin de l’Afrique, qui est, en effet, depuis toujours inscrit dans le temps du monde. Le temps du monde est celui de l’Afrique, et le temps de l’Afrique est celui du monde. Par suite, le devenir africain, loin d’être solitaire, est au contraire solidaire du destin du monde. Il n’y a donc pas une partie du monde qui ferait le futur et une autre qui serait condamnée à traîner derrière le carrosse de l’histoire. L’idée d’une Afrique, jusqu’ici commensale indésirable au banquet de la civilisation, qui prendrait sa revanche sur l’Occident, après des siècles de souffrance, est une construction romantique qui reflète la faiblesse de notre pensée stratégique et théorique actuelle. C’est dans la solidarité avec l’Occident et l’Orient, tout en défaisant tous les rapports d’aliénation économique, politique, culturelle et spirituelle, que l’Afrique construira le futur de la condition humaine dans un concert mondial. L’Afrique n’est donc, pour moi, qu’un poste d’observation, comme je le rappelle dans le tome 3 de « L’heur de philosopher la nuit et le jour ». Tous les humains de tous continents sont chers au cœur du philosophe de ce temps au même titre et au même degré. Quant à la notion d’irréversibilité, ma doctrine de l’histoire comme connaissance plutôt que science m’empêche de l’employer.

Vous dénoncez, dans cet ouvrage cité la volonté de Fukuyama et de Huntington « d’homogénéiser le monde sous un ordre impérial ». Quelle est votre conception de l’universel ?

Pour mémoire, je rappelle que Francis Fukuyama, très influencé par  Hegel et Nietzsche, dans un livre mémorable,  « La fin de l’histoire et le dernier homme » (1989), soutient deux thèses essentielles : l’une, que la démocratie libérale est le « nec plus ultra » de l’évolution de la condition humaine, le fin mot de l’histoire, c’est-à-dire la fin de l’histoire proprement dite ; l’autre, que le libéralisme économique est plus propice au développement de la science et de la technologie, lesquelles déterminent pour l’essentiel la victoire en cas de conflit militaire. Quant à Huntington, dans un livre retentissant, « La guerre des civilisations » (1993), il avait déplacé la contradiction fondamentale de l’intérieur des nations aux rapports entre les civilisations, qui sont au nombre de huit ou neuf, parmi lesquelles figure putativement la civilisation africaine, très marginale à ses yeux. Mais dans ce concert conflictuel, selon lui, la contradiction principale oppose la civilisation occidentale, en déclin mais pleine de ressources, et les civilisations islamique et confucéenne, en somme orientales. Ces deux visions sont des constructions idéologiques, non dénuées d’ailleurs de pessimisme, qui cherchent les voies et moyens de préserver la suprématie de l’Occident dans le monde. Ce sont donc des visions « suprématistes », sources de conflits et de guerres, qui n’offrent d’autre plat de résistance que la désolation et la misère, la conquête et la domination. Je rejette cette vision obtuse de penseurs pessimistes, parce que, malgré les facteurs de guerre qui s’accumulent, il existe des facteurs de paix qui se frayent, difficilement certes, un chemin. Il n’y a aucune nécessité qui rende la guerre ou la paix inévitable, mais la guerre est le choix de l’émotion, la paix, celui de la raison. Mon universel parie sur la raison, tout en sachant que l’histoire, toujours, à chaque pas, hésite et doute puis franchit le Rubicon, comme par hasard.

« Le rêve ne peut jamais être pensé comme un épiphénomène », dites-vous dans votre livre sur l’interprétation des rêves en Sénégambie (Prix Noma en 1999). Pouvez-vous nous expliquer le lien entre le rêve et des phénomènes comme la religion, la politique, la sorcellerie, la folie ou encore la mort qui occupent une place très importante dans la conscience collective des Africains ?

Le rêve est, en effet, en relation avec toutes ces dimensions que vous mentionnez. Toute la carrière religieuse d’Aline Sitoé Diatta est annoncée dans une série de rêves prophétiques, de même que celle de Sibeth de Siganar (v. D. Samb, « L’interprétation des rêves », 2004, p. 151-155). Au Cayor du XVIIIe siècle, l’exemple du damel Madior montre combien le rêve peut avoir des répercussions politiques importantes, car c’est à la suite d’un rêve fait trois fois qu’il décide d’attaquer son grand-père Macodou et de se proclamer damel à sa place (ibidem, p. 118-125). En matière de sorcellerie, le rêve peut entraîner des mises en cause très graves, car on est responsable des actes imputés par le rêveur, fussent-ils absurdes. Un cas semblable a été évoqué devant un tribunal de la région de Dakar. Je le mentionne dans la 3e édition de « L’interprétation des rêves » que je prépare. Quant à la folie, le dépouillement du « Bulletin » de Fann montre combien sa relation avec le rêve est étroite. Enfin, le rêve est un moyen efficace de communication avec les défunts (ibidem, p. 187-189). En ce qui concerne l’importance de la mort dans la conscience collective africaine, elle est considérable, parce qu’elle sert de relais entre la vie et la vie (vie-mort-vie). Aussi bien la spiritualité africaine est-elle dominée par la vie, la vie joyeuse, et la force. En Égypte ancienne, l’eulogie dite lorsqu’on mentionne le nom du pharaon est précisément : « Vie, santé, force ». La santé est un attribut de la vie, qui manifeste la force. Vous aurez remarqué que je n’explique pas, je décris. À mon âge, je ne sais toujours pas ce que veut dire « expliquer » ni ce qu’expliquer veut dire. C’est peut-être « déplier », non ? Mais que dit-il, lui, « expliquer » ?

Après votre retraite à l’université, que retenez-vous de votre carrière d’enseignant chercheur ?

J’ai été professeur titulaire pendant vingt-trois ans au moins, avec dix-huit dans la classe exceptionnelle, dont douze dans le 3e échelon qui est le sommet de la carrière. J’ai été assesseur puis directeur de l’Ifan pendant neuf ans. J’ai servi l’institution universitaire avec loyauté et dévouement. Le métier d’enseignant-chercheur, au-delà des impératifs circonstanciels de carrière, constitue pour moi un choix de vie. Aussi bien, je passe tout mon temps au bureau, travaillant avec acharnement. Comme par le passé, je n’ai pas une seconde à perdre dans les activités mondaines et ne me soucie guère de l’opinion du vulgaire. Ma vie tout entière reste dédiée à l’étude, que je mène désormais dans mon paisible jardin de Bango, à Saint-Louis du Sénégal. Je retiens surtout de ma carrière d’enseignant-chercheur qu’elle nécessite une extrême rigueur intellectuelle et morale, et celle-ci ne se limite pas au seul cadre professionnel. Je dois dire qu’en ce qui me concerne, le choix de vie philosophique me facilite les choses, car vivre en philosophe, c’est vivre selon la raison.

Vous fils de cadi, que pensez-vous de la perte des valeurs dans la société sénégalaise ?

Je dois d’abord vous confesser que je vénérais mon père qui demeure mon éminente référence, mais il y a bien longtemps que le fils du cadi est mort pour renaître philosophe. Or, le philosophe, comme bien vous pensez, n’est fils que de la raison seule. J’entends parler de « perte des valeurs », mais il n’y a jamais eu de monographie scientifique sur la question. Malheureusement, au Sénégal, les savants de gare aiment à parader et à disserter sur toutes choses, employant à mauvais escient, d’un air entendu, des concepts très complexes. Si l’on connaît approximativement les connotations du terme « valeur », on s’abstiendra de parler de « perte des valeurs ». Le premier sans doute, au Ve siècle av. J.-C, Protagoras prône le relativisme des valeurs (ta chrēmata), provoquant une vigoureuse réaction de Socrate d’abord puis de Platon en faveur à la fois de l’unité et de la stabilité des vertus, synonyme très approximatif de « valeurs ». Au XIIIe siècle, s. Thomas (1225-1274), dans le « De veritate », trouve un fondement théologique aux valeurs en faisant d’elles des instruments essentiels de la « creatio divina ». Dans la seconde moitié du XIXe siècle, le psychologisme, la phénoménologie, Nietzsche, s’emparent des valeurs et approfondissent la réflexion dans le cadre d’une philosophie critique des valeurs. Nietzsche, lui, proposera un renversement de la table axiologique. Un tel renversement ne se fait pas uniquement par un acte volontaire, mais il peut résulter d’une ère de transition. Il est vraisemblable que la société sénégalaise vive une transition de cette nature et que l’expression « perte des valeurs » en soit une forme de prise de conscience un peu maladroite. Mais il faut savoir que les sociétés humaines sont ainsi faites, qu’elles ne cessent de déplorer l’abandon des valeurs traditionnelles, quand c’est elles-mêmes qui en sont les opératrices. Si vous lisez Aristophane, un comique grec du Ve siècle, contemporain de Socrate, qu’il ne ménage jamais, vous vous en rendrez bien compte. Mais le problème le plus fondamental, le père des problèmes africains, que le philosophe de ce temps rumine impuissant, c’est la défaite spirituelle de l’Afrique noire devant l’Occident et l’Orient, d’abord à partir du VIIe-VIIIe siècle avec l’Orient, puis dès le XIVe-XVe siècle avec l’Occident. Et je suis malheureux de ne voir se dégager aucune pensée africaine suffisamment perspicace et puissante, courageuse aussi, pour prendre l’exacte mesure de cette question qui met en évidence la profonde aliénation de l’esprit négro-africain exilé sur ses terres domestiques et assujetti à des spiritualités allogènes, qu’elle fait ou croit siennes. Ainsi avons-nous bu, à nouveau, dans les eaux du fleuve Amélès dans la plaine du Léthé… Dixi et animam meam salvavi.Propos recueillis par Seydou KA


Partagez ce contenu!

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*