FEMME ET POUVOIR PAR PENDA MBOW ET SELLY BA

FEMME ET POUVOIR PAR PENDA MBOW ET SELLY BA
FEMME ET POUVOIR PAR PENDA MBOW ET SELLY BA

EXCLUSIF SENEPLUS #Enjeux2019La politique des quotas ne suffira pas à renforcer la voix des femmes – Elles doivent traduire leur présence politique en influence – Une présidentielle sénégalaise sans figure féminine

#Enjeux2019 – Aucune voix féminine ne retentira durant la campagne présidentielle de février 2019 ici au Sénégal, hélas ! Malgré la Loi sur la parité, il faut reconnaître qu’il s’agit là d’un recul. Comment l’expliquer ? En dépit de tous les arguments développés sur le conservatisme de la société sénégalaise, le manque de ressources des femmes, il faut continuer à s’interroger car les hommes ne sont pas nés avec les ressources ; où trouvent-ils les moyens ? Qui les finance ? Les femmes ont l’impératif devoir de développer de véritables stratégies.

Pourtant, si on passe en revue les différentes prétendantes à la magistrature suprême, on peut observer des éléments d’analyse intéressants. Me Aissata Tall Sall et Mme Aida Mbodj peuvent se prévaloir d’un véritable leadership politique, Mme Yacine Fall économiste a une approche fort intéressante sur l’intégration du travail domestique des femmes dans le Produit Intérieur Brut (PIB), leur accès à la terre, leur rôle dans l’agriculture et l’autosuffisance alimentaire. Mme Nafissatou Wade préconise une vision réelle de l’éradication du chômage des jeunes et l’amélioration de notre système éducatif. Quant au Professeur Amsatou Sow Sidibé, elle nous permet de jauger comment passer d’un discours plus au moins neutre de la société civile à celui d’une véritable opposante.

Malheureusement cette diversité ne franchira pas l’étape du parrainage. On a remarqué que les innovations en matière politique, les grandes coalitions sont souvent défavorables aux femmes car elles arrivent difficilement à s’émanciper et se développer à l’intérieur des formations politiques. La politique, le pouvoir seraient-ils misogynes ?

Dans la suite de cet article, nous élargissons la réflexion au-delà du Sénégal et nous essayons de retracer la dialectique femme et pouvoir en Afrique.

La question « Femme et pouvoir » est au cœur des processus de démocratisation des systèmes sociaux et politiques africains. Analyser la problématique femme et pouvoir revient à questionner le rôle et la place de la femme, la construction sociale des identités attribuées aux hommes et aux femmes mais surtout les rapports sociaux dans les sociétés africaines (Fall, 1994[1], Ayesha Imam, Amina Mama et Fatou Sow, 2004[2], Mbow, 1999[3]). Ce qui montre que l’analyse du pouvoir ne peut se faire en dehors des rôles et statuts de la femme en Afrique.

Depuis des siècles, la question de la différence des sexes et de la domination masculine continue de susciter de débats houleux. Longtemps, les femmes africaines, ont été considérées comme inférieures à l’homme et, devant se soumettre à lui. Elles ont pour vocation d’être épouse, de s’occuper du foyer, et d’assurer l’éducation des enfants. Elles n’accèdent qu’occasionnellement à la parole, sont moins présentes dans les parlements, aux sommets des universités, peu visibles dans les conseils d’administration, des sociétés privées comme publiques (Nodjilelem, 1997[4]).

La masculinisation de l’espace privé et public en Afrique prospère et résiste au temps, en raison des représentations que la communauté a de la place des femmes. Chacun des deux sexes dans les institutions fondamentales de cette société, s’inscrivent dans un ordre préétabli qui détermine toute l’organisation sociale, qui malheureusement ne souffre d’aucune remise en question. En effet, les pratiques culturelles, l’organisation sociale, donc familiale reposent sur un système patriarcal qui ne facilite pas les femmes à devenir des citoyennes responsables pour participer de manière solidaire à la construction et au développement socioéconomiques des pays en développement (Mbaye, 2011). Ce qui montre que le rapport au pouvoir est fonction de l’organisation sociale. Les traditions, l’interprétation de la religion, le déficit d’éducation, les pesanteurs socio-économiques, autant de facteurs qui justifient la condition inférieure la femme en Afrique.

L’émancipation des femmes ayant été longtemps subordonnée à des intérêts politiques, les femmes sont restées une masse silencieuse dans l’histoire politique africaine. Centrés sur les « pères » de la nation, le leadership et le pouvoir d’État se déclinent plutôt en termes et en atours masculins (Angelo, 2017)[5]. Le faible leadership des femmes dans la sphère publique s’explique par le refus de l’élite masculine de lâcher ses privilèges à de potentielles compétitrices. Ce qui montre que les rapports de genre en Afrique ont une forte influence sur les processus politiques institutionnels et de manière récursive, ces processus ont influencé la participation politique des femmes, car étant la conséquence d’une combinaison de facteurs culturels, historiques et biologiques (Awono, 2009). Cette combinaison de facteurs fait que malgré une relative volonté de prendre en charge la question du genre à travers des instruments aussi bien nationaux qu’internationaux, les Etats d’Afrique n’arrivent toujours pas à opérer une mutation vers le respect des principes démocratiques. Cet article essaie de passer en revue :

La reconnaissance de la marginalisation des femmes au niveau international

Des avancées significatives pour les femmes africaines

Les femmes de plus en plus présentes dans les cercles décisionnels

L’égalité, un chemin chargé d’embuche

Enjeux et perspectives

La reconnaissance de la marginalisation des femmes au niveau international

Quelle soit la société, la race ou la nation, la domination de la femme par l’homme est restée une constante (Sarr, 2008[6]</a >). Nombre de jeunes filles et de femmes continuent d’être ignorées, et non intégrées dans les processus de développement. Ainsi, il existe encore de profondes disparités entre les hommes et les femmes dans les processus de gouvernance (Mbaye, 2011[7]).

Ce qui justifie la revendication féminine tout au long de l’histoire, appuyée par les hommes pour le respect de l’égalité et la justice. La décision d’instaurer une année pour les femmes était non seulement un prétexte pour intensifier les pressions, mais aussi un moyen d’assurer la reconnaissance du bien-fondé des révoltes et des revendications des femmes qui avaient secoué l’ensemble des sociétés industrialisées. C’est pourquoi, l’ONU a créé des espaces internationaux de débat et de participation avec les conférences mondiales sur les femmes qui ont influencé beaucoup de pays et amener les Gouvernements africains à entreprendre des réformes sous la pression conjointe des mouvements de femmes et des Institutions internationales (Mama, 1997, Sarr, 2008).

Aujourd’hui, l’égalité de la condition de la femme est désormais reconnue par un grand nombre de pays africains. En effet, la question des femmes a fait l’objet d’une attention remarquable, non seulement au plan international, mais aussi au plan national des différents Etats mobilisés dans ce travail.

Les droits de la femme sont affirmés dans la Charte des Nations Unies et ont été proclamés dans le monde entier par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

Cette préoccupation au sujet de la marginalisation de la femme dans les sociétés africaines n’a véritablement pris place dans la conscience des africains que lorsque la Décennie pour la femme a introduit un discours qui, toutefois, ne remettait pas en cause les inégalités criantes des rapports sociaux de sexe existant, sous la rubrique « femmes et développement » (Mama, 1997).

Les documents internationaux tels que le Plan d’Action de Beijing (1995) et celui du Caire (1994) sont les principaux ; mais à côté de ceux-ci, il existe un ensemble d’autres dispositifs sur les droits des femmes. « Convention pour l’Élimination de toutes les formes de Discriminations à l’égard des Femmes » (CEDEF/CEDAW), Maputo le Protocole à la Charte africaine des droits de l’Homme et des 9 peuples relatifs aux droits des femmes en Afrique (1998).

Ces instruments internationaux et régionaux couvrent toutes les catégories de droits relatifs à la femme, des droits économiques (travail et emploi, propriété, terre, production…) aux droits socioculturels (santé, éducation, formation, famille, violences…) en passant par les droits civils et politiques (participation à la vie politique et publique, représentation dans toutes les structures…).

L’amélioration du statut des femmes, l’égalité à promouvoir entre hommes et femmes sont devenues des passages obligés de tous les discours, programmes et déclarations sur la question du développement. En dépit des difficultés, de plus en plus de femmes parviennent à sortir du lot dans l’occupation de hautes fonctions politiques et à ce niveau, nous pouvons citer : Ellen Johnson Sirleaf (Libéria), Joyce Banda (Malawie), Catherine Samba Panza (Centrafrique). Et pour la première fois de son histoire, la Commission de l’Union africaine est dirigée par une femme, la Sud-africaine Nkosazana Dlamini-Zuma qui, lors de son allocution à la conférence de Durban, mentionnait que :

dans nos sociétés traditionnelles, les femmes exerçaient beaucoup de pouvoir dans les affaires de leurs communautés, tant du point de vue de la reproduction que de la production. Elles étaient les dépositaires de nos cultures et de nos langues. Le colonialisme qui a affecté le pouvoir des femmes, a peu à peu miné nos cultures, nos valeurs et nous a spoliés de nos terres en particulier. Elle poursuit en mentionnant qu’avec l’industrialisation, les femmes ont été marginalisées et discriminées par les administrations coloniales. C’est ainsi qu’elles ont perdu de leur pouvoir et vu leur rôle réservé au travail domestique, réduites à faire des enfants sans avoir les moyens de les élever[8].

Par conséquent, même si des efforts de promotion des droits humains de la femme se sont intensifiés au niveaux international, national et régional, une énorme tâche reste à accomplir. En effet, même si les Etats affichent un discours de mise en place d’un système de gouvernance démocratique, ils peinent néanmoins à intégrer dans leur démarche de participation globale, toutes les variables notamment en termes de participation politique des femmes (Awono, 2009). Dans la région africaine, la participation politique des femmes continue toujours d’être le maillon faible de la gouvernance démocratique. Car, l’on note toujours un décalage entre la position officielle, en faveur de l’égalité des sexes, et le traitement accordé à cette question dans les faits (El beblawi, 2015).

Ainsi, malgré les efforts de démocratisation engagés en Afrique, les femmes restent toujours frappées par leur sort biologique et social, dont la société politique a profité pour faire une construction sociale. En effet, la société politique en Afrique a attribué un sexe à la femme ; faisant d’elle un être incapable de participer aux affaires politiques au même titre que les hommes. Cette vision périlleuse est tout sauf gage de démocratie. Dans un monde qui se veut d’égalité, l’Afrique se doit de faire une mutation en repensant la question du genre pour en faire une variable de démocratisation (Awono, 2009).

Des avancées significatives pour les femmes africaines

La quête d’une équité et d’une égalité de genre en Afrique a connu des avancées significatives. Globalement, le contexte politique régional est favorable et est influencé par un environnement international qui réaffirme son ouverture aux questions d’égalité et d’équité de genre.

Au plan continental, l’Union africaine (UA) a adopté un protocole qui réaffirme les droits de la femme au sein de sa Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Ce protocole décrit les droits de la femme à l’égalité et à la non-discrimination dans plusieurs domaines, ratifié par un nombre croissant de pays africains.

Ainsi, de nombreux pays africains s’orientent vers une protection des femmes, notamment dans le domaine des droits. Les 20 dernières années (Afrique Renouveau, 2012) ont vu l’émergence de législations contre la violence à l’égard des femmes, notamment la violence sexuelle. Cette évolution s’est accompagnée d’amélioration dans la représentation politique des femmes. L’UA a fixé un quota de 50 % de représentation féminine, quota respecté par sa Commission.

En outre, de multiples initiatives sont mises œuvre par les acteurs et partenaires au développement, lesquelles ont permis d’enregistrer des progrès remarquables en ce qui concerne l’amélioration de l’égalité de genre et plus spécifiquement celle des conditions de vie des femmes.

Les efforts déployés par la plupart des pays africains ces dernières années (BAD, 2015) pour renforcer le statut, la position et les capacités des femmes ont fait état de gains significatifs en faveur des femmes africaines dans plusieurs domaines (éducation, santé, pauvreté, politique, etc.). Car la plupart des gouvernements africains admettent les inégalités socio-économiques des hommes et des femmes dans leurs plans de développement. En effet, les Gouvernements considèrent les inégalités de genre comme un problème de développement qui appelle à des interventions publiques.

Ce qui justifie l’adoption progressive d’une démarche soucieuse d’égalité entre l’homme et la femme et la volonté d’intégrer les questions de genre dans les priorités de développement dans la plupart des pays. Ce qui montre une reconnaissance de la volonté des Etats africains pour défendre les droits des femmes (Gueye, 2013).

Toutefois, l’analyse de la situation de l’équité et de l’égalité de genre en Afrique laisse apparaître un déséquilibre manifeste en ce qui concerne la jouissance des droits et l’exercice des devoirs pour l’homme et la femme (Nicolas, 2006). Malgré les avancées constatées en faveur de l’équité et l’égalité entre les hommes et les femmes, il importe de relever que celles-ci demeurent très fragiles car les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes des femmes africaines. Ces avancées restent incertaines et inégales, en face, des résistances qui persistent[9]. Ce qui atteste qu’il reste encore beaucoup à faire pour les circonscrire de manière durable. Car, l’on note un problème d’harmonisation des codes suivant les conventions ratifiées et beaucoup de résistances au niveau des politiques dû à une mauvaise compréhension du genre, mais également une faible capacité technique à prendre en charge cette question dans les interventions du gouvernement.

Les femmes de plus en plus présentes dans les cercles décisionnels

Si les mouvements de femmes organisés et structurés se sont affirmés après les indépendances, de nombreuses sources (Ngom, 2011[10]) attestent que les femmes s’inscrivent dans une histoire plus longue de participation effective à la gestion des affaires publiques. La plupart des historiens s’accordent sur le fait que l’histoire des femmes, de leurs rôles et de leurs statuts dans la période précoloniale indiquent qu’elles furent dotées de pouvoir matrimonial, notamment dans la transmission du pouvoir politique (Fall, 1994, Ngom, 2011).

L’entrée de l’Afrique dans le commerce transatlantique et la conquête coloniale, par la violence exercée sur les sociétés, n’ont certainement pas favorisé le maintien, encore moins la promotion des rôles et statuts politiques des femmes. Cette période voit ainsi l’érosion de leurs droits fonciers dans beaucoup de sociétés qui faisaient face à l’expropriation coloniale, qui s’accompagne  d’une accentuation de la tutelle du père et du mari sur la femme, fille ou épouse[11].

Aujourd’hui, malgré la prise de conscience de l’enjeu électoral qu’elles représentent et du rôle important qu’elles jouent aussi bien aux plans économique, social que politique, les femmes participent difficilement à l’élaboration et à la détermination des politiques. A titre d’illustration, les femmes agricultrices en Afrique n’ont aucun poids décisionnaire sur les politiques agricoles de leurs pays et peu d’accès au crédit, aux engrais ou aux semences. Car leur faible présence dans les instances de décision résulte de la conjugaison de plusieurs facteurs dont le plus important demeure celui de l’ancrage d’un imaginaire politique masculin dans les mentalités (Gueye, 2013). Ce qui montre qu’en plus de l’économie, c’est par la politique que les femmes africaines améliorent leur condition et gagnent des batailles pour la reconnaissance et l’effectivité de leurs droits.

C’est pourquoi, les batailles se font désormais dans les centres de décisions et jusque dans les parlements africains où les femmes commencent à être de plus en plus représentées. En 2015, le continent africain était la deuxième région du monde où la représentativité des femmes au parlement s’est le plus amélioré au cours des 15 dernières années, selon le rapport « Women Matter Africa » 2016 de McKinsey[12].

Ainsi, si la représentation parlementaire féminine s’est accrue de 27% entre 2000 et 2015 pour les élus dans l’Union européenne, en Afrique, cette proportion atteint 25% au cours de la même période. Le continent se hisse au-dessus de la moyenne mondiale (22%). Il dame le pion à l’Asie où le taux ne s’est amélioré que de 15% et même l’Amérique (19% seulement en 15 ans) (Bayo, 2017), avec 64% au Rwanda, suivi du Sénégal, 43% (ONP, 2017).

Aujourd’hui, l’Afrique du Sud est le troisième pays africain qui compte le plus de femmes élues. Elles occupent en moyenne 42% des sièges à l’Assemblée. En dehors de l’hémicycle, 40% des postes ministériels ou de prise de décisions étatiques sont en général dévolus aux femmes. Avec une force d’influence de 30% au niveau des entreprises du pays, les femmes sud-africaines sont plus que jamais positionnées sur l’échiquier politique.

Entre 2000 et 2015, le Mozambique a considérablement amélioré la représentativité féminine au sein de son parlement avec une moyenne de 42%.

La Namibie est le quatrième sur le continent en termes de représentativité des femmes au parlement avec une moyenne supérieure à 39% en 15 ans.

Ce qui montre que les femmes sont de plus en plus nombreuses à occuper de hautes fonctions. En Afrique subsaharienne, la croissance de la représentation féminine dans les institutions d’État est l’une des plus rapides du monde. Elle résulte notamment de l’introduction de quotas paritaires. Alors qu’en 1960 les femmes ne représentaient que 1 % des parlementaires, la moyenne est aujourd’hui de 23,8 % pour l’Afrique subsaharienne (avec des variations nationales importantes) et talonne les 27,5 % des pays européens. Dès lors, la question se pose de savoir si une représentation accrue des femmes en politique implique nécessairement une redéfinition des rapports de genres dans les institutions de pouvoir[13].  Car si la politique des quotas est essentielle pour tenter de corriger des inégalités historiques, structurelles et culturelles, elle ne suffit pas à modifier profondément le jeu de pratiques politiques traditionnelles et d’institutions souvent fragiles.

Le nombre de femmes à des postes de direction continue d’augmenter sur tout le continent. Celles-ci doivent trouver les moyens de traduire leur présence politique en actes et en influence. Car la politique des quotas en Afrique ne suffira pas à renforcer la voix des femmes du continent.

Des progrès significatifs ont été accomplis en ce qui concerne la représentation des femmes à des fonctions électives et à des postes stratégiques dans les secteurs public et privé. Certains pays affichent des résultats remarquables en termes de représentation féminine au sein des parlements et à d’autres fonctions électives. Toutefois, les structures sociales et politiques existantes continuent d’empêcher les femmes de contribuer pleinement et équitablement à l’élaboration des programmes politiques, sociaux et économiques aux niveaux national et local (PNUD, 2016)[14].

L’égalité, un chemin chargé d’embûche

La majorité des pays africains ont ratifié la convention sur l’élimination de toutes formes de discrimination contre les femmes et ont en partie modifié leur législation. Toutefois, malgré la promulgation de ces loisleur applicabilité pose problème.

Dans toute l’Afrique, les femmes et les hommes font souvent l’expérience de différences dans les opportunités, les conditions et les privilèges ; ils ont des salaires différents, ils n’ont pas le même accès à l’éducation et ne sont pas toujours égaux devant la loi (BAD, 2015[15]).

L’examen des tendances progressives d’élaboration de lois et de structures législatives de lutte contre l’inégalité et la discrimination liées au sexe révèle que les politiques de promotion de la femme restent insuffisantes, notamment dans le domaine de la politique. Les décisions juridiques prises sont peu appliquées et les instruments d’évaluation et de suivi de l’application du principe d’intégration du genre dans les instances de décision sont rarement mis en place dans les Etats africains (Gueye, 2013).

Ainsi, malgré l’entrée en vigueur de nouveaux instruments juridiques, la femme est souvent soumise à l’arbitrage de la coutume[16]. Dans certains domaines clés comme la succession, des lois coutumières dominent encore. Au Kenya, le «Law of succession act» reconnaît à la femme le droit d’hériter de biens qu’elle a fait tomber dans l’escarcelle du ménage. Mais les lois coutumières continuent de prévaloir.

Au Sénégal, cette même règle est en vigueur puisque le privilège de masculinité hérité du droit musulman domine le droit des successions. Au Tchad, où il n’existe de code civil que celui de la période coloniale, la coutume animiste ou musulmane impose également sa loi.

Au Cameroun, selon le droit moderne (code civil et lois diverses), la femme mariée a la capacité de gérer ses biens propres, d’en user et d’en jouir après s’être acquittée de sa contribution aux charges du ménage. Toutefois, pour disposer de ses biens, les vendre par exemple, elle doit obtenir le consentement de son mari.

Au Rwanda, le code de la famille est entré en vigueur en mai 1992 et la loi sur la sécurité sociale ne fait aucune distinction basée sur le sexe. Mais dans ce pays comme au Burundi voisin, l’incapacité successorale de la femme reste la règle, bien qu’un tel principe soit anticonstitutionnel.

Alors que selon les Nations Unies, les femmes représentent un peu plus de la moitié de la population mondiale. En plus, elles constituent l’épine dorsale des sociétés auxquelles elles appartiennent en représentant ainsi la grande majorité des travailleurs agricoles. Pourtant leur accès aux ressources et aux revenus n’est pas à la hauteur de ce chiffre.

La situation de l’équité et de l’égalité de genre en Afrique s’inscrit dans un contexte social et culturel où d’importantes mutations s’incrustent petit à petit dans le tissu complexe des valeurs traditionnelles encore vivaces. Ces mutations se situent tant sur le plan du rôle des femmes que de la reconnaissance sociale de ce rôle. La différenciation des rôles sociaux des hommes et des femmes et la vision de l’inégalité sociale entre ces catégories structurent leurs relations à tous les niveaux et dans tous les processus de la vie communautaire et sociale. Le rôle d’autorité de l’homme et la position de subordination de la femme sont traduits à travers les différentes institutions.

Le mode de distribution des pouvoirs et de dominance, est allé jusqu’à ce qu’il y ait un pouvoir absolu entre les mains de l’homme, que ce soit économique, social, politique et culturel. Il régente les sociétés et l’oriente. Ce mode de vie régentant la marche du monde continue malgré les exigences d’un monde actuel, prônant un partage équitable des ressources pour des soucis de développement inclusif. Ce mode d’organisation sociale inégalitaire continue d’être le fondement et le soubassement de presque toutes nos manières de faire, d’agir et de penser. Ce qui se répercute sur nos lois[17], nos traditions. Les inégalités de genre sont structurelles en ce qu’elles « prennent leur racine dans les représentations sexuées et manifestent la prégnance de la domination masculine[18] » (Fondimare, 2014). La persistance des inégalités résulte en ce sens des stéréotypes, qui structurent nos mentalités, qui à la fois proviennent et alimentent la construction du système de genre, entendu comme le « système de division hiérarchique de l’humanité en deux moitiés inégales » (Delphy, 2001)[19].

Ce qui explique le fait que les femmes sont toujours exclues de l’accès aux moyens d’envergure et sont faiblement représentées dans les instances de prise de décision. Ainsi, malgré les efforts fournis, les hommes et les femmes n’ont toujours pas les mêmes possibilités et les mêmes opportunités en termes d’accès aux ressources. L’inégalité sociale dans les rôles des hommes et des femmes reste d’actualité, car impliquant des disparités au niveau social, et le faible pouvoir (empowerment) des femmes.

Enjeux et perspectives

Les mouvements féminins suivent les orientations de la coopération internationale en raison des subventions, consacrant une rupture entre une élite et la base et surtout une dépolitisation du mouvement féminin (Sarr, 2008). De ce fait, nous notons l’absence de vision politique pour les mouvements féminins. Selon Marie-Angélique Savané, nous assistons de plus en plus à l’expansion d’un féminisme alimentaire au détriment du féminisme combattant[20]. Or le féminisme qui se définit par le combat en faveur de l’égalité, est le moyen pour les femmes d’accéder au pouvoir de la parole comme au pouvoir de l’action (Verschuur et Reysoo, 2003).

Aujourd’hui, les mouvements féminins n’ont plus le temps de réfléchir sur leur propre situation car préoccupés à répondre aux exigences au niveau international. Dès lors, les mouvements féminins perdent de vue l’objectif global de transformation des rapports sociaux au profit de revendication portant sur l’amélioration ponctuelle des cadres juridiques et législatifs, mais aussi le cantonnement des femmes dans des activités de subsistance et les micro-projets.

Les mouvements sociaux africains doivent commencer par reprendre l’initiative pour la maitrise de leur devenir car le développement suppose en amont le choix d’un projet sociétaire bâti sur les mutations en cours en partenariat avec les hommes, dans laquelle doit se baser les politiques pour faire avancer la démocratie des sociétés. C’est pourquoi, il est impératif que les femmes dans leur diversité se mobilisent autour des grandes idées et des grands dessins qui agitent aujourd’hui l’Afrique (Sarr, 2008). Au lieu de suivre aveuglément les questions portées par les institutions internationales, les femmes africaines ont le devoir de vigilance face à un contexte émaillé de nouvelles menaces.

La nécessité de construire une nouvelle vision stratégique exige de s’affranchir des perspectives du court terme, or le contexte n’est pas favorable à des paris dans le long terme en raison des défis qui ne cessent de croitre dans le continent, à savoir une pauvreté chronique et des besoins primaires non résolus (eau, éducation, santé, énergie etc.) qui ne cessent d’être reportés. Or ce contexte d’insécurité et de misère rend la revendication des femmes secondaire face aux questions de survie et de sécurité (radicalisation, extrémismes violent, etc.).

#Enjeux2019

Selly Ba est docteur en sociologie. Militante des droits humains, membre du Mouvement citoyen, elle est spécialiste en Genre et Religion au Sénégal. Elle est auteur de plusieurs articles et publications collectives sur le genre allié aux thématiques politique, religieuses, migratoires et sécuritaires.

Penda Mbow est universitaire, historienne et éditorialiste de SenePlus. Activiste sur les questions du genre, elle est une spécialiste de l’interprétation du féminisme en Islam. Penda Mbow est par ailleurs, ancienne ministre de la Culture et présidente du Mouvement citoyen.

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[1] Fall (Rokhaya), 1994, Femmes et pouvoir dans les sociétés nord sénégambiennes, CODESRIA.

[2] Imam (Ayesha), Mama (Amina) et Sow (Fatou), (sous la direction de), 2004, Sexe, genre et société. Engendrer les sciences sociales africaines. Paris, Éditions CODESRIA-Karthala.

[3] MBOW (Penda), 1999, “Hommes et Femmes entre sphères publique et privée”, Bulletin du CODESRIA, Dakar.

[4] Nodjilelem, L., 1997, Le statut de la femme en Afrique noire contemporaine : progression ou régression ? Genève : Université de Genève.

[5] ANGELO (Anaïs), the conversation.com, publié le 18/08/2017 à 09:15 – Modifié le 31/12/2017 à 16:21 | Le Point Afrique, http://afrique.lepoint.fr/actualites/afrique-l-assaut-des-femmes-africaines-pour-prendre-le-pouvoir-18-08-2017-2150719_2365.php, date de consultation le 18/05/2018.

[6] SARR (Fatou), 2008, Les luttes politiques et les résistances féminines en Afrique, CODESRIA.

[7] MBAYE (Bineta Ndiaye), 2011, L’intégration des Technologies de l’Information et de la Communication dans les programmes d’alphabétisation des femmes au Sénégal : Mythe ou réalité, Université Genève, http://tecfa.unige.ch/tecfa/maltt/memoire/ndiaye_2011.pdf, date de consultation le 27/05/2018.

[8] Zuma, (Nkosazana Dlamini), 2001, La voix de la femme africaine à la conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance, www.derechos.org/nizkor/ley/doc/durban2.html, date de consultation le 10/05/2018.

[9] Afrique Renouveau, 2012, http://www.un.org/fr/africarenewal/special-edition-women/Africa-Renewal-Womens-Issue-2012-fr.pdf, date de consultation le 20/05/2018.

[10] NGOM, C., 2011, Les femmes de pouvoir au Waalo précolonial, 1795-1855, Mémoire de Maitrise, Département d’histoire, Université Cheikh Anta Diop de Dakar.

[11] République du Sénégal, Ministère de la femme, de l’Enfant et de la Famille : Femmes sénégalaises à l’horizon 2015, Dakar, juillet 1998, pp. 9-13.

[12]https://www.mckinsey.com/~/media/McKinsey/Global%20Themes/Women%20matter/Women%20matter%20Africa/Women%20Matter%20Africa%20August%202016.ashx, date de consultation le 30/05/2018.

[13] PAR ANAÏS ANGELO, THE CONVERSATION.COM

Publié le 18/08/2017 à 09:15 – Modifié le 31/12/2017 à 16:21 | Le Point

Afrique, http://afrique.lepoint.fr/actualites/afrique-l-assaut-des-femmes-africaines-pour-prendre

le-pouvoir-18-08-2017-2150719_2365.php, date de consultation le 18/05/2018.

[14] Rapport sur le développement humain en Afrique 2016, Accélérer les progrès en faveur de l’égalité des genres et de l’autonomisation des femmes en Afrique,

PNUD, http://www.undp.org/content/dam/niger/docs/AfHDR_2016_French.pdf, date de consultation 24/05/2018.

[15] BAD, https://www.afdb.org/fileadmin/uploads/afdb/Documents/Publications/African_Gender_Equality_Index_2015-FR.pdf, date de consultation le 30/05/2018.

[16] BOUKARI (S. Goma) mars 2015, Droits des femmes en Afrique : des discriminations légales persistent. http://www.irenees.net/bdf_fiche-defis-280_fr.html, date 17/05/2018.

[17] Ce qui justifie les résistances notées

[18] Fondimare (Elsa), 2014, « Le genre, un concept utile pour repenser le droit de la non-discrimination », La Revue des droits de l’homme [En ligne], mis en ligne le 20 mai 2014, consulté le 01 juin 2018. URL : http://journals.openedition.org/revdh/755 ; DOI : 10.4000/revdh.755.

[19] Christine (Delphy), 2001, L’ennemi principal II. Penser le genre, Paris, Syllepse, p. 45.

[20] CAUSE FEMININE Marie Angélique Savané dénonce le féminisme alimentaire : le genre, http://www.rewmi.com/cause-feminine-marie-angelique-savane-denonce-le-feminisme-alimentaire-le-genre.html, date de consultation le 28/05/2018.

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