PROPOS DE MERCREDI:Recaler le candidat «ko gooto» Par Mamadou Bamba NDIAYE,Ancien député,Secrétaire général du Mps/Selal

Les manifestations observées depuis avant-hier sont les premières conséquences de la mise en œuvre de la loi 2018-22 du 4 juillet 2018 portant révision du Code électoral. Votée sans débat et dans un climat d’état de siège, cette loi a institué le piège du parrainage et introduit, parmi les critères de validité des candidatures, la notion d’« électeur » qui n’y figurait pas jusque-là. Ces deux innovations blâmables structurent les décisions que le Conseil constitutionnel vient de rendre pour donner libre cours au braquage électoral de Macky Sall.
Pourtant, les mises en garde n’ont pas manqué. L’opposition, la société civile, les chefs religieux, les partenaires étrangers, … ont tôt averti que l’application de cette loi, adoptée sans consensus à moins de six mois du dépôt des candidatures, allait déstabiliser le processus électoral et le pays. A certains, Sall avait fait la promesse ferme d’y renoncer. Mais juste pour les endormir le temps d’un passage en force. Aujourd’hui, les premiers effets sont là.
L’élargissement et l’exacerbation des manifestations sont le seul moyen dont dispose l’électeur pour obtenir que son vote compte et que les Sénégalais choisissent librement leur prochain président.
Dès 2012, l’obsession d’un deuxième mandat, immérité, a été inscrite sur des affiches placardées dans tout le nord du pays : « 2017, candidat ko gooto » (en 2017, il n’y aura qu’un seul candidat). Dès 2012, les représailles ont commencé contre Khalifa Sall, soupçonné de nourrir une ambition présidentielle. Dès 2013, une Crei supprimée de notre ordonnancement judiciaire a été illégalement réactivée en vue de casser le Pds et Karim Wade.
C’est donc une profonde erreur de penser qu’il serait possible, en 2019, d’attendre le jour des élections pour voter massivement, battre Macky Sall et aller tranquillement au travail le lendemain, comme en 2000 et 2012. Cela ne marchera pas parce que toutes les étapes du processus électoral sont déjà piégées et, au bout, il se fera autoproclamer par ses hommes de paille. C’est ici et maintenant que le problème peut et doit être réglé par la mobilisation, l’héroïsme et l’esprit de sacrifice de la jeunesse sénégalaise.
La souveraineté du peuple ne pourra pas s’exprimer si le dictateur n’est pas lui-même recalé. Cela suppose que d’autres mains que les siennes organisent le scrutin du 24 février. Que la loi 2018-22 soit abrogée et le processus électoral repris sur des bases concertées et consensuelles. Que la virulence des manifestations fasse peur au tricheur.
Macky Sall n’a plus qu’un seul devoir envers les Sénégalais, celui de rendre compte de ses nombreux méfaits contre notre démocratie et nos finances publiques. Quand le chemin du suffrage universel est obstrué, notre Constitution a prévu une seule issue de secours, la résistance à l’oppression : « quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ».

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