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Dakar à l’horizon de Mars 2026. L’année 2025 restera, sur le plan économique, comme une année de basculements subtils et d’ajustements majeurs, tant pour le Sénégal que pour l’économie mondiale. Les analyses mensuelles du Dr Seydina Oumar Seye, économiste sénégalais réputé, ont offert un fil conducteur précieux pour décrypter ces évolutions. Sa lecture, à la fois ancrée dans les réalités locales et ouverte sur les dynamiques globales, permet aujourd’hui de dresser un bilan nuancé et documenté de cette période charnière.

Une Économie Mondiale entre Résilience et Nouveaux Paradigmes

Dès les premiers mois de 2025, le Dr Seye a insisté sur la fin de l’ère de « l’argent facile » héritée de la période post-Covid. Dans sa série d’articles, il a documenté la persistance de taux d’intérêt élevés dans les économies avancées, une tendance structurante qui a placé les pays émergents, dont le Sénégal, devant un défi de financement. Il a analysé avec acuité le ralentissement marqué de la croissance chinoise, pointant ses répercussions sur les prix des matières premières et sur les chaînes d’approvisionnement mondiales. Pour lui, 2025 a confirmé l’avènement d’une « économie fragmentée », où les considérations géopolitiques (réorganisation des blocs commerciaux, sanctions, sécurisation des approvisionnements critiques) ont pris le pas sur une logique de pure optimisation financière.

Un de ses apports majeurs a été l’analyse des effets différenciés de la transition énergétique. Le Dr Seye a montré comment les subventions massives du Inflation Reduction Act américain et du Green Deal européen créaient à la fois des opportunités (développement des énergies renouvelables, demande pour les minerais critiques) et des risques de distorsion commerciale pour les économies africaines, encore largement exportatrices d’énergies fossiles ou de matières premières non transformées.

Le Sénégal à l’Épreuve de la Maturité Économique

C’est sur l’économie sénégalaise que les analyses du Dr Seye ont été les plus attendues et les plus percutantes. Il a abordé l’année 2025 comme un « test de résilience et de maturité » pour le pays, à l’aube de l’exploitation de ses ressources gazières et pétrolières.

  1. L’Inflation, Combat Permanent : Tout au long de l’année, il a suivi la bataille contre l’inflation importée (denrées alimentaires, produits pétroliers). Ses articles ont mis en lumière les limites des politiques purement monétaires de la BCEAO dans un contexte de chocs exogènes, plaidant pour des mesures sectorielles ciblées (soutien à l’agriculture en saison des pluies, rationalisation des filières d’importation) et une protection sociale plus adaptative.
  2. Le Pré-Carrefour Pétrolier et Gazier : Le Dr Seye a adopté une position de « vigilante lucidité » face à l’imminence des premières productions d’hydrocarbures. Il a longuement disséqué les risques bien connus de la « malédiction des ressources » (syndrome hollandais, gouvernance, endettement) mais en y ajoutant une dimension nouvelle : la pression de la transition énergétique mondiale. « Le Sénégal exploitera du gaz dans un monde qui veut en sortir », a-t-il écrit, soulignant l’impératif d’une stratégie accélérée de valorisation interne (électrification, industrie) et de conversion des revenus en capital productif (infrastructures, éducation, diversification). Il a salué les avancées du Fonds Souverain Sénégalais (FONSIS) mais en a appelé à une transparence absolue et à une gestion anticyclique.
  3. Le Défi de la Diversification et de la Compétitivité : Dans plusieurs éditoriaux, l’économiste a martelé que la véritable richesse du Sénégal ne serait pas sous la mer, mais dans le talent de sa jeunesse et le potentiel de son agriculture. Il a analysé les goulots d’étranglement persistants (coût et fiabilité de l’énergie, accès au crédit pour les PME, déficit de compétences techniques) qui entravent la transformation locale et l’émergence d’une industrie exportatrice. Son plaidoyer pour une politique industrielle ambitieuse, centrée sur les secteurs agroalimentaire, des phosphates à valeur ajoutée et des services numériques, a trouvé un écho certain.
  4. Intégration Régionale et Diplomatie Économique : Le Dr Seye a constamment replacé le Sénégal dans son environnement ouest-africain. Il a critiqué la lenteur de la mise en œuvre de la ZLECAF (Zone de Libre-Échange Continentale Africaine) au niveau régional, tout en y voyant une chance historique pour les entreprises sénégalaises les plus compétitives. Sa lecture de la diplomatie économique sénégalaise en 2025 a souligné le rééquilibrage vers de nouveaux partenariats (Turquie, pays du Golfe, autres pays africains) tout en préservant les liens historiques avec l’Europe.

Une Année de Mises en Garde et d’Espoirs Fondés

La rétrospective des écrits du Dr Seydina Oumar Seye révèle un analyste à la fois prudent et engagé. Ses mises en garde sur les risques de dépendance aux hydrocarbures, d’inégalités sociales et de perte de compétitivité ont trouvé des échos dans les débats publics de l’année. Mais au-delà des avertissements, il a surtout dessiné les contours d’un « Sénégal résilient » : une économie qui s’appuie sur sa stabilité démocratique retrouvée, sur une population jeune et entrepreneure, et sur sa position de hub logistique et de services.

En conclusion, l’année 2025, à travers le prisme du Dr Seye, apparaît comme celle où le Sénégal a pris conscience du poids de ses nouvelles responsabilités économiques. Le pays est entré dans une ère où la gestion macroéconomique prudente doit impérativement s’allier à des réformes structurelles courageuses. La « fenêtre d’opportunité » offerte par les hydrocarbures est réelle, mais, comme il l’a répété, elle est étroite et conditionnée par la qualité des institutions et la clairvoyance des choix présents. L’agenda 2026, qu’il appelle de ses vœux, devra être celui de la transformation productive et de l’inclusion, seul antidote durable aux chocs d’un monde en pleine recomposition.