IMG_8256 1
Loading ...

Le message du Khalife Thierno Madani Tall à la communauté sénégalaise de la ville du Havre

Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux Louange à Dieu, Seigneur des mondes, et que la prière et la paix soient sur notre maître Muhammad l’Amine, ainsi que sur sa famille et ses compagnons.
Mes frères et soeurs, que la paix, la miséricorde et la bénédiction de Dieu soient sur vous.
J’exprime ma profonde gratitude envers Dieu, le Très-Haut, de rencontrer aujourd’hui la communauté sénégalaise dans la ville du Havre. Cette rencontre s’inscrit dans une relation commencée en 2011, lorsque j’ai eu l’honneur de rencontrer vos familles respectées, ainsi que Monsieur Édouard Philippe, qui était alors maire de cette ville.
Cette rencontre fut l’occasion d’aborder un sujet d’une grande importance : les manuscrits, les objets et les dépôts appartenant au Cheikh El Hadj Omar Foutiyou Tall, conservés au Havre depuis plus d’un siècle.
Dieu dit dans la sourate At-Tawbah, verset 105 : « Et dis : oeuvrez, car Dieu verra vos oeuvres, ainsi que Son Messager et les croyants. »
Cette orientation divine accompagne nos efforts pour raviver la mémoire, établir la justice et révéler la vérité historique.
G’râce à l’ouverture des autorités du Havre, une exposition historique a permis à nos générations de contempler ces objets confisqués à Ségou durant la période coloniale. Ce processus a culminé en 2021 avec le retour de l’épée d’El Hadj Omar au Sénégal, un acte hautement symbolique qui reflète l’évolution de la conscience et l’ouverture de la France à la question du patrimoine africain.
La ville du Havre possède une histoire riche, faite de lumière mais aussi de douleur, qui mérite d’être regardée avec lucidité et discernement. L’Afrique n’oubliera pas dans cette histoire ses fils valeureux qui ont lutté pour la liberté, parmi eux les tirailleurs sénégalais. Je salue l’intégration de la communauté africaine, et particulièrement sénégalaise, dans cette ville et en France en général. Votre présence, vos efforts et vos enfants constituent un pont entre deux nations anciennes.
Dieu dit dans la sourate Âl ‘Imrân, verset 200 : « Ô vous qui avez cru ! Soyez endurants, rivalisez de patience, restez fermes et craignez Dieu afin que vous réussissiez. »
Ce rappel nous enseigne la valeur de la patience, de la persévérance et de la cohésion dans les sociétés où nous vivons.
Le Sénégal et la France partagent une histoire longue et complexe. Notre devoir est de reconnaître cette réalité, de dépasser les blessures du passé et de travailler ensemble pour la vérité et la dignité. [2]

En tant que Sénégalais vivant en France, vous devez vous attacher fermement aux valeurs et principes de l’islam, suivre la voie de Dieu avec droiture, sincérité, esprit de miséricorde et discipline.
Le Prophète Muhammad (paix et salut sur lui), dont la vie incarne la tolérance, la justice et la miséricorde, nous a enseigné que le meilleur des hommes est celui dont la présence est source de paix, de sérénité et de confiance pour les autres. Veillez à ce que ces lumières de la foi demeurent vivantes dans vos foyers, vos travaux et vos comportements quotidiens.
Je vous rappelle également qu’en tant que musulmans, vous devez respecter les lois, règlements et droits du pays qui vous accueille. Le Prophète (paix et salut sur lui) nous a appris que la loyauté et le respect font partie intégrante de la foi. Si ce pays vous offre sécurité, logement, droits, opportunités économiques et sociales, vous devez être reconnaissants. La gratitude se manifeste par un comportement droit, une conduite exemplaire, une contribution positive à la société et l’honneur rendu à votre communauté et à votre religion.
Ma présence aujourd’hui au Havre s’inscrit dans la continuité du message de mon père, le Cheikh Thierno Mountaga Tall, qui a consacré sa vie à restaurer la dignité de nos ancêtres. C’est lui qui a oeuvré pour le rapatriement de la dépouille d’Abdallah Tall, petit-fils d’El Hadj Omar Foutiyou, capturé à Ségou et devenu le premier étudiant noir de l’école militaire de Saint-Cyr. Cet acte fut un geste de mémoire, mais aussi un acte de justice.
Ainsi, mon séjour en France, en parallèle de mon intérêt pour la situation des communautés africaines et musulmanes, en particulier celles qui gardent un lien profond avec l’héritage d’El Hadj Omar Foutiyou Tall, est aussi une occasion de rappeler aux autorités françaises leurs engagements passés et présents. Il est de notre devoir commun de veiller à ce que le patrimoine d’El Hadj Omar, conservé dans diverses institutions françaises, soit restitué de manière équitable, dans un esprit de justice, de mémoire et de coopération culturelle. Ces manuscrits, objets et oeuvres ne sont pas de simples vestiges historiques, mais une part vivante de l’héritage africain, un trésor intellectuel et spirituel que nous devons transmettre aux générations futures.
Comme l’a dit un sage: «Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir.» Ces manuscrits nous rappellent qui nous sommes, d’où nous venons et vers quel chemin nous devons aller.
Le Prophète (paix et salut sur lui) dit dans un hadith authentique rapporté par Abou Dawoud et At-Tirmidhi: «Celui qui ne remercie pas les gens ne remercie pas Dieu.»
C’est dans cet esprit que j’adresse mes remerciements aux autorités du Havre, aux partenaires culturels et à tous ceux qui oeuvrent pour préserver et mettre en valeur ce patrimoine.
À la communauté sénégalaise du Havre, je dis : restez unis, restez dignes, soyez les porteurs de ces traditions anciennes de savoir, de paix et de solidarité. Vous êtes la continuité vivante de l’héritage d’El Hadj Omar Foutiyou Tall (que Dieu l’agrée), ici en France comme au Sénégal.
Je demande à Dieu, le Très-Haut, de bénir vos familles, de raffermir votre foi, de protéger vos enfants et de faire de vous des sources de bien, d’harmonie et de fraternité.
Que la paix, la miséricorde et la bénédiction de Dieu soient sur vous.
Thierno Madani Tall, Khalife, serviteur de la communauté Omarienne